Et je vais jusqu’à la Source avec mon vélo.

Second portrait de cyclistes orléanais, aujourd’hui Patrick (le prénom a été changé, les situations légèrement modifiées), l’Argonne-la Source, quasiment au quotidien.

Patrick est quelqu’un que je côtoyais lors des trajets en train. Pour moi, c’était un jeune adulte « du centre qui emploie des personnes handicapées ». Au quotidien, j’ai appris que 5 minutes de retard, un changement de quai à la dernière minute peuvent être très perturbants pour un groupe dans son ensemble, ou à des degrés moindres, pour certains de ces constituants. Une perte de repère se transforme vite en catastrophe. J’ai la chance depuis 5 ans de faire le chemin à vélo, loin des retards quotidiens avec des causes exotiques comme « la gare d’Orléans est pleine… (d’un unique train) », comme « les feuilles sont tombées… (en automne) » ; ne sera pas abordée ici l’architecture hasardeuse qui fait que le sol est glissant, qu’il pleut à l’intérieur de la gare, qu’il fait très froid attendre un train souvent en retard.

place Mozart

Ce vendredi après midi, place Mozart à l’Argonne, voici Patrick sur un vélo. Je lui demande ce qu’il fait ici. Il m’apprend qu’il n’est plus au foyer d’Olivet, qu’il loge dans le quartier avec sa copine. Je le félicite et suis heureux de voir que pour lui ça va mieux.

Nous parlons un peu vélo, car la dernière vélorution l’avait croisé au pont Thinat, il était accompagné de 2 éducateurs pour aller dans une grande surface du sport.

— Oui, c’est surtout ma copine, elle perd vite l’équilibre et il faut l’aider. Les éducateurs sont là pour faire la circulation quand elle s’arrête.
— Je me souviens avoir parlé avec un éducateur de tricycle.
— Ça coûte très cher. Mais elle, elle peut aller travailler en bus.
— Et toi, ça fait pas trop loin pour aller à la gare.
— Je vais plus au centre. Je vais travailler à l’entrée de la Source.
— En bus ?
— Non, j’y vais à vélo, sauf quand il pleut, la navette du centre passe me chercher.

plus de 10 km

Et le voila en train de m’expliquer, fièrement, que de l’Argonne, il prend la piste avenue des Droits Humains, puis direction la Source — plus de 10 km — par la piste parallèle à l’avenue Gaston Galloux. C’est bien pour lui car c’est tout droit.

— Ça me prend une heure, mais je dois faire très attention aux carrefours que les voitures me voient. Le plus dangereux, c’est les carrefours, même s’il y a un feux, je traverse à pied car c’est dangereux. Derrière les gens, je m’arrête, je klaxonne pas. Si je tombe sur la piste, c’est pas grave, mais sur la route… Et puis quand j’arrive, je peux me changer, le midi, une navette porte mon repas.
— Comme ça pas de manger à préparer et à promener dans un sac.
— Je pourrai peut-être pas faire du vélo avec un sac. Et puis, avec le vélo, je fais des petites économies, ça compense si on est malade.

Pour lui, en dehors des carrefours, il ne faut pas de perturbation sur le chemin. Faire le tour d’une voiture garée sur la piste, c’est possible. Une coupure dans l’itinéraire qui obligerait à prendre une déviation, c’est une catastrophe.

Et au quotidien, le vélo est comment ?

Au quotidien, aller à la Poste© ou faire une petite course, c’est à vélo, seulement si c’est le long de la piste des Droits Humains — et les trottoirs de Marie Stuart — autrement, c’est le bus. Et il faut des arceaux à vélo pour attacher la monture. Pour une démarche administrative, c’est le tramway au départ de l’Argonne.

Pour « les loisirs », il y a au moins un éducateur si c’est de l’accompagnement dans les grandes surfaces de l’Agglo, deux si sa copine est là. Les déplacements à vélo se font donc principalement par beau temps, parfois pour les courses, parfois pour des petits pique-niques.

Cela dépend aussi du nombre de personnes disponibles pour l’encadrement.


Quoi dire pour conclure sans être moralisateur envers ceux et celles qui ont toujours une bonne excuses pour ne pas prendre le vélo au quotidien. Rien ! Patrick se débrouille, même s’il y a quelques facilités pour lui, rien ne lui a été donné dans la vie. Il ne le formalise pas ainsi mais le vélo est l’instrument d’une autonomie supplémentaire.

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