7 Jehannes en territoire d’exil — Allée Jeanne Champillou

« Qu’es-ce qui se passe encore ? Pourquoi ça bouchonne ? »
Et pour une fois, Mauricette ne regretta pas de devoir monter sur un trottoir pour pouvoir avancer au lieu de rester dans les gaz d’échappement.
Cependant elle se pensa un peu bécasse de ne pas avoir suivie la route de St-Cyr en Val pour aller à l’exposition au château de St-Jean Le Blanc. C’est toujours pareil dans cette ville, trouver un chemin fiable, sécurisant et homogène ressemble à une mission impossible.
Par exemple, vous avez fait des visites à la maison de retraite de St-Denis en Val. En partant, vous avez dans l’idée de prendre le chemin des écoliers avec votre vélo à assistance électrique. Abandonnez l’idée. Vous trouverez peut-être un truc pas trop mal pensé mais dont la réalisation est mauvaise sans parler de son utilisation qui loin d’être facilité est rendue impossible par les autres usagers de la route.
La chose qu’ils ont réalisée à l’entrée de St-Denis n’est pas mauvaise, en elle-même, mais comme c’est rien de plus qu’un trottoir déguisé, il y a des piétons dessus. Mauricette, les piétons, ça va, elle sait moduler sa vitesse, mai ce qui la travaille, se sont les automobiles qui stationnent dessus. Mauricette ne sait pas jouer les saute-montons comme les jeunes. Une voiture mal garée, cela l’oblige à descendre du trottoir, circuler sur la route en poussant son vélo, remonter sur le trottoir ; ce qu’elle n’aime pas faire. Pour pallier ce fait, notre vaillante soixantenaire roule sur la route le long des aménagements, tant pis pour les klaxons ou les insultes.
Ce soir, en quittant ses visites, personne sur le trottoir déguisé, mais il y avait des voitures dans le rond-point ce qui l’a empêchée de prendre la voie dans la continuité, pourtant un peu plus large car bi-directionnelle. Mais elle s’en méfie comme de la peste, à cause du muret de ciment. Elle a peur de tomber et à son âge, un col du fémur, c’est fatal. Et puis là aussi, il suffit d’une voiture venue ici se parquer pour la perdre dans ses repaires.
« Qu’es-ce qui se passe encore ? Pourquoi y a-t-il autant de voiture ? »
Mauricette allait sur le filet de terre marqué sur le trottoir. Elle subissait cet état de fait, sans le conceptualiser, mais elle avançait contrairement aux autos du bouchon.
Arrivée au clos de l’allée Champillou, elle s’arrêta elle aussi.
Des voitures partout, celle du montre-couillon, celle de la radio, de grosses limousines noires comme si la reine d’Angleterre était en visite elle aussi, et des policiers qui semblaient ne pas trop savoir quoi faire au milieu de ce bordel. Eh bien !
Mauricette demanda à une policière l’autorisation de passer. Elle le fit avec sa façon bien à elle d’apparaître comme une petite vieille fragile, malheureuse, qu’il faut plaindre. Encore une fois, cela marcha, car la barrière s’ouvrit. Ainsi faisant, elle profita sur le restant du chemin de la route pour elle toute seule. En passant devant l’allée, elle eut le temps d’apercevoir le maire, le gros Rivoirais et songea que si il y en avait un que jamais nous ne verrons sur un vélo, c’est bien lui. Quant à savoir ce qu’il se passait, bah, les journaux en parleraient bien demain.

À travers l’Orléanais
Peintres du peuple
Terre amoureuse.

« L’information du jour, c’est la bicyclette de Monsieur Cel qui a été retrouvée. Contrairement a ce qui a été annoncé au début, sur notre antenne, c’est à St-Jean le Blanc que la bicyclette a été retrouvée. L’élu est disparu depuis un mois, mais aujourd’hui cette bicyclette retrouvée, c’est un nouvel espoir qui apparaît. Racontez-nous Clotilde, vous qui êtes sur place.
— Oui Cécile, je vous reçois bien, nous sommes en direct. Ici nous, la presse, sommes tenus à l’écart derrière une barrière. De l’autre côté, se trouve la police, les officiels qui vont et viennent. L’atmosphère est étrange, saturé du mélange qu’offrent les gyrophares mélangés à la pluie qui n’a cessé de tomber de la journée, ceci sans oublier les klaxons nombreux des voitures prises dans un énorme bouchon. Il faut rappeler que, ici, dans la zone industrielle, c’est l’heure où l’on quitte son travail et les conducteurs sont peu compréhensifs sur les raisons du blocage.
— Expliquez leurs que nous faisons l’actualité comme nous l’entendons. Que retrouver le vélo d’une personnalité de premier plan peut être un fait extrêmement important, surtout dans une affaire de dispariti…
— Ils s’en moquent. Après une journée de travail, beaucoup ne désirent que rentrer chez eux et manger, rien de plus.
— Grufff. Plus sérieusement, avez-vous des explications sur la façon dont la bicyclette de monsieur Cel a été retrouvée ?
— Les policiers nous ont expliqués que la découverte du suspect tient du hasard plus que d’un travail d’enquête à proprement parler. Le suspect avait posté une trentaine de photos de bicyclette à vendre sur un site marchant, aucoindelarue point com pour ne pas le nommer. Un acheteur potentiel crut reconnaître la sienne dans le tas, et, apres avoir passé commande, il prévint la police. Cette dernière vint au lieu où devait se dérouler la vente pour finalement ne pas avoir à intervenir car l’alerte était fausse. Les soupçons de recels semblaient s’avérer faux. Mais une policière présente, plus curieuse que ses collègues, s’est questionnée sur le nombre de bicyclette présentes à la vente. En regardant les numéro anti-vol sur certaines, elle constata la présence de celle de monsieur Cel.
— Heureux hasard ! L’identité du voleur est-elle connue ?
— Non. L’identité de la personne n’est pas connue pour l’instant pour la bonne raison que rien ne peut, pour l’instant, lui être reproché. Certes il y avait un nombre conséquent de vélos, mais, la personne, et il ne faut pas dire receleur, aurait affirmé aux policiers les avoir trouvées dans la rue.
— La liaison est difficile, se sont les contraintes du direct. Clotilde êtes-vous là ?
— Oui, je vous reçois. Moins de 5km peuvent parfois être un gouffre, mais le devoir d’information est le plus fort. Ha ! Le maire d’Orléans va faire une déclaration ».

Le maire fit un pas en avant vers les médias.
Pas très grand, un peu rondouillard, une quarantaine d’année de combats politiques l’avait usé. L’homme rond était malaisé à saisir. Ami ou pas, personne ne semblait en mesure de savoir comment utiliser le type. Longtemps au second plan, il dirigeait la ville d’une main gantée de fer depuis un an maintenant, et tâchez de partager sa vision des choses. La mue de la ville en moins d’un an était spectaculaire.
Rivoirais comme Cel étaient des amis de longue date. Ils avaient aidé et suivis l’ancien maire dans tous les combats pour prendre la ville. Et maintenant, lui seul jouissait du pouvoir municipale.
Comme toujours dans de pareil cas, il ne dit rien de plus que ce que chacun savait, mais il prenait du plaisir à l’exercice.
« Je ne vais rien dire de plus que ce que je suis autorisé à dire de l’affaire. Vous n’êtes pas sans savoir que monsieur Cel était un ami. Un ami politique, un ami dans les affaires, un ami avec lequel une ou deux fois nous avons été en désaccord, mais, il était un ami. Savoir son vélo retrouvé me trouble personnellement et nous donne espoir, à nous ses amis de le retrouver parmi nous.
Celui qui a fait cela doit être jugé pour ses actes. Il y a un temps pour les larmes, un temps pour la justice, un temps pour tout et pour le moment, ce sont les enqueteurs qui doivent encore travailler. Merci d’être ven…
Le maire ne fut pas en mesure de terminer sa phrase, que au loin, des cris se faisaient entendre.
« Rivoirais, casse toi, les cyclistes ne veulent pas faire les trottoirs…
— Cécile, c’est incroyable, il y a cinq vélfems qui entourent le maire ».

Les vélfems, ces femmes nues sur les vélos, étaient en train de jeter les tracts explicatifs du refus de la politique cycliste du maire d’Orléans. « La politique des vélos sur le trottoir » personne ne’n voulait.

« Rivoirais, prostitueur de cycliste », « Rivoirais, on te voit te tripoter », voici ce que criaient les vélfems. Des vélhoms, jugés sur un chariot fait de deux bicyclettes jointes par des barres métalliques, des vélhoms chantaient. La charrette était décorée de façon à ressembler à une vache, et, elle faisait peur à d’autres vélhoms déguisaient en passager du tramway.
« Rivoirais, prosti-tueur de cyclistes, nous voulons la rue pour nous, Rivoirais, nous ne voulons pas d’un demi-tramway »
La manifestation fut très très vite maîtrisée par la police, sous l’œil noir du régent de la communauté urbaine.

(\_/)
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« )_(«


[…] Le NaNoWriMo (Mois (inter)National de l’Écriture de Romans) est une façon amusante et stimulante de concevoir l’écriture de romans. Les participants commencent à écrire le 1er novembre. Le but est d’écrire un roman de 175 pages (50 000 mots*, soit 1666 mots/jour) avant minuit le 30 novembre.

Mettant en avant l’enthousiasme et la persévérance plutôt qu’un travail méticuleux et soigné, le NaNoWriMo est un programme d’écriture pour tous ceux qui ont un jour pensé écrire un roman mais ont été effrayés par le temps et les efforts que cela demandait. […]

Encore une fois, l’engagement est pris « pour soi-même », il n’y pas d’obligation de publier, d’exposer, slammer, chanter, rapper son NaNo.


*mon objectif est 30 000 mots, soit 1 000 mots/jour.

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