Becancaneries

Théorème de J.B. Corot : « la ville de Copenhague est équipée de 350 km de pistes cyclables surélevées, séparées de la route et très sûres » dont plus de 550 km font les trottoirs d’Orléans et son agglomération.

7 Jehannes en territoire d’exil — Jeanne Moreau

Dans les nuits lentes de la cité, la Loire était la seule à ne pas être concernée par les arrêts en tout genre. Elle se contentait d’être. Couler, circuler entre deux rives, s’étaler, parfois tempêter mais toujours être, fidèle à sa destinée. Ainsi vont les fleuves. Point.

Et la nuit encore une fois l’avait cédée au petit matin puis à une franche et belle journée.

Loger dans le centre d’une petite ville a pour grand avantage d’avoir tout sous la main, ou au pire, tout à porter d’un coup de pédale. Après un petit-déjeuné pris sur le pouce, Sonia se dépêchait pour rejoindre la place du Martroy. Trouver un anneau pour y attacher son vélo est facile à cette heure. En passant elle voit un chien en train de pisser sur le « O » posé dans un coin.

Une jeune femme arriva, la salua et se présenta comme chargée des relations extérieurs.

« Je suis heureuse se vous soyez là pour mener à bien cette opération. C’est une première pour notre ville d’inviter des blogueuses influentes afin qu’elles donnent leur ressentit, que nous souhaitons positif, sur la ville. Cependant, vous êtes libre de donner votre opinion, sur tout.

— Oui, bien sur, je n’y manquerai pas.

— Nous allons attendre le fameux quart d’heure orléanais, cela ne dure jamais plus longtemps avec notre bon maire, et votre collègue à l’hôtel n’y changera rien.

— Le maire est avec une fille à l’hôtel ? ?

— Pour faire du bien, oui. Du bien au tourisme, bien sur. Le maire la explique le détail de votre mission à toutes les deux. »

Sonia compris la méprise dont elle était l’objet. Elle expliqua à son interlocutrice que une personne de la communication de la ville lui avait donné rendez-vous ici, à côté du « O » comme Odiléon, à dix heures.

« Non, « O » comme Orléans, un « O » en or, sable de Loire, pour une ville argent, gris de Loire, sous un soleil de bronze. Un « O» comme une lettre de l’alphabet, bref, nous suivons les autres.

— Je suis journaliste. Suivre la mode, c’est se donner un destin de feuille morte dans le vent. J’aimerai savoir ce que vous pensez de la politique de cyclabilité de la ville. En dehors dgun plat de nouilles, de bouts de pistes ici ou là, avec des bordures, des choses malaisée à prendre et à utiliser, des usagers trouvent que la ville ne fait rien, plus que tout depuis la disparition de monsieur Cel.

— Je me suis trompé dans les dates de mon agenda. J’avais rendez-vous avec des blogueuses invitées d’honneur de la ville… Entre nous, dans le monde, il y a ceux qui font et ceux qui critiquent ce qui est fait.

— Peut-être parce que c’est mal fait. Comment cela ce fait-il que de partir de la mairie centrale pour aller dans une mairie de proximité soit une épopée.

— Monsieur Cel l’aurait dit mieux que moi, « faire plus de deux kilomètres c’est être sportif »

— Et « les murs de la ville ne se poussent pas », je sais

— Justement, pour parler des murs. Avez-vous pris le temps de regarder cette merveille d’architecture.

— Alors que la police parle beaucoup de force de police, comment se fait-il que celle-ci ne soit jamais dans cette rue, là, en montant vers la bibliothèque. Je prends cet exemple, car pas plus tard qu’hier au soir, je m’y suis faite insultée. Heureusement une personne à vélo filmait la scène.

— La police, la police. Les quais de Loire sont très beaux en ce mois de novembre. Nos services ont pris soit d’y déposer des jardinières, même sur l’itinéraire vélo ».

Cela n’allait pas être facile de tirer quelques choses d’intelligent de cette personne. La journaliste avait une autre idée de son métier que la copie des communiqués de presse. Elle présenta ses excuses et prétexta devoir rencontrer une autre personne dans le cadre de son enquête sur la place du vélo dans la cité.

Avec presque une heure à perdre maintenant, Sonia profita de ce temps pour passer chercher les horaires du cinéma de la rue des Carmes. Pour l’automne, le cinéma donnait une série de classiques dans lesquels avait joué Jeanne Moreau. Le choix avait été d’un film populaire par décennie et c’est ainsi que « Jules et Jim », « Les Valseuses », « Querelle », « La Vieille qui marchait dans la mer » ou « Le Temps qui reste » étaient à l’affiche.

Elle prit place dans un café de la place, commanda avant de noirci les cases de son programme. Son téléphone vibra pour demander où elle se trouvait. Le représentant des commerçants allait être un peu en retard.

Sonia profita de cette pause pour observer le monde aller et venir sur ce grand espace gris. Un couple de vieillard sont assis sur un banc de pierre et s’entretient du temps qui passe. Une mère de famille entourée de ses enfants comme autant de canetons revient d’avoir fait quelques courses. Un tramway passa dans un sens. Une bande de jeunes chahute. Des pigeons se pavanent. Voici un autre tramway dans un l’autre sens, il se parque et décharge son flux de chair humaine en offrande aux dieux du commerce. L’horloge de la sécu sonne la demie. Queqlues personnes sortent du jardin.

Une grue se posa au milieu de la place au moment même où arrivait le responsable des commerçants.

« Même si je rencontre plus souvent un autre type de grue, celle-ci n’est pas pour me déplaire. Sans doute un de ses oiseaux isolés qui prennent demeure dans la cité, comme le font quelques cygnes.

— Il faut les photographier et en faire des cartes postales pour les touristes.

— Nous n’en sommes plus ici, nous sommes à l’air du numérique.

— Et ça marche, je veux dire, les affaires sont bonnes ?

— Les outils numériques sont bons pour la communication, peuvent être bons pour aider à la vente, mais pas autant que trois places de stationnement. »

Et la conversation s’aiguilla sur les places de stationnement, nombreuses et vides à certains endroits mais jamais assez nombreuses à d’autres, sur le fait que les gens ne marchent plus. Cependant les commerçants remerciaient la mairie d’avoir fait des efforts pour ne jamais sanctionner de trop les stationnements parfois bordéliques ; une voiture mal garée est plus intéressante qu’une bicyclette qui passe.

Sonia argumenta qu’elle faisait beaucoup de choses en ville à pied, et que comme elle a des petits bras, elle s’y prend à trois fois.

Elle lui posa des questions sur les zones trente, sur le pont sans parvenir à bien cerner le positionnement de son interlocuteur, sauf qu’il était assez indifférent au sort des cyclistes sauf dans la lutte contre les zones commerciales périphériques où ils se révélèrent d’une aide extraordinaire. La bataille semblait avoir été difficile à mener. Il se rappelait que du côté de la communauté urbaine, personne n’était là pour les aider. Qui dirait non à une retombée de taxes.

Cependant, ce n’est pas lui qui était aux manettes de l’association dans ce temps-là. Il n’était donc pas en mesure de fournir trop de renseignements, autour de cette table, mais l’association avait un bureau.

« C’est une proposition honnête, nous ne faisons plus disparaître les jeunes femmes dans les arrières boutiques.

— Me voila rassurée, et ainsi, je suis également rassurée sur le sort de ce monsieur Cel, vous devez y être pour rien dans sa disparition. Je vous laisse retourner seul chez vous, moi je vais « Jusqu’au bout du monde » avec Jeanne Moreau. Mais, vous savez, il y a un film « J’aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma », si un jour il es programmé, allez sans risque. ».

~1290

 

 

2 commentaires sur “7 Jehannes en territoire d’exil — Jeanne Moreau

  1. Jeanne à vélo
    17/11/2017

    Très chouette paragraphe introductif.

    « nous ne faisons plus disparaître les jeunes femmes dans les arrières boutiques » : 😀

    Aimé par 1 personne

    • janpeire
      17/11/2017

      Après une heure de réunion, tu es content que tes voisins de soufflent des idées.
      Ce vendredi soir notre journaliste va à la vélorution (en occitan jour impair, samedi en français) et revient sur la rumeur ce dimanche, en occitan, lundi en français.

      Sauf à ce qu’elle disparaisse à son tour…

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Les commentaires sont fermés.

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Cette entrée a été publiée le 16/11/2017 par dans Non classé.

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