Becancaneries

Théorème de J.B. Corot : « la ville de Copenhague est équipée de 350 km de pistes cyclables surélevées, séparées de la route et très sûres » dont plus de 550 km font les trottoirs d’Orléans et son agglomération.

7 Jehannes en territoire d’exil — Velorution

En fin de matinée, avant le repas, il est toujours agréable de prendre le petit soleil de novembre sur l’une des terrasses les mieux exposée de l’agglomération, celle de l’Escargot, dernier endroit populaire d’un quartier rénové de façon à faire ancien et écolobranchouillé.
Pour les personnes de passage, avec Sonia ou Piarron en qualité de guide, savoir s’affirmer sur ses loisirs ou sur ses envies de visites est une condition sine qua non à la réussite d’un court séjour. Guillaume qui avait séjourné quelquefois à Orléans désirait montrer certains endroits à sa femme.
Le quartier Dunois offrait un visage nouveau en 2019, quelque vingt ans après la dernière venue du médecin. Les bâtiments de la caserne et l’ordonnancement général de la caserne étaient encore facilement identifiables, la place d’arme avait été engazonné au nom de la biodiversité. Des enfants jouaient en ces lieux, entourés d’immeubles vides. Plus que tout, la découverte de la matinée avait été dans les équipements destinés à compliquer la vie des cyclistes, jusqu’à un trottoir ceint d’un marquage à angle droit.
« Ou c’est un type qui croit que la terre est plate, un de ceux de la secte dans votre quartier, ou c’est un ancien militaire et la droite est son amie.
— Il n’y a pas pire qu’une femme qui n’a pas fait son service pour en raconter , une policière en plus.
— Heureusement que au retour de la salle de St Jean la Ruelle, en passant dans ce même quartier, nous somme allés tout droit pour être certains de rester vivants, racontait un Sylvaine, en train de commencer à rire. Des conneries, j’en ai vu, mais là, c’est l’exemple type de l’équipement posé là comme un chien fait d’une merde, et encore, un chien courbe le dos ce qui peut donner un mouvement à la chose…
— Sylvaine, nous sommes à table,
— Mais tout cela finira fumier de la même façon, ajouta Guillaume »
Pour changer, il parla des maisons de plaisir, nombreuses autour de la caserne, des bordels devenus résidences de prestige.
« Et toi Sylvaine tu le laisses dire.
— Que veux-tu y faire. Nous n’étions pas mariés à l’époque, je ne le connaissais même pas. Je ne peux pas être jalouse »
Le couple partit dans un éclat de rire et se mit à dégoiser sur une jeunesse qui passe beaucoup de temps à se monter, à se raconter pour finalement s’enfermer dans une morale de frustrés.
« Parler de ce l’on a fait, dit Guillaume, ce n’est pas forcement en être fier, c’est surtout mesurer la chance que j’ai eu de vivre ce temps-là.
— Ha, voici Piarron qui va nous raconter les secrets du jour, cela calmer les tensions entre la jeune et l’ancienne génération. Prend une chaise, nous allons bientôt commander les cafés et les desserts. N’hésite pas à en commander pour toi, ce n’est pas comme si tu étais étranger au lieu.
— Je commanderai des « pastéis de nata », le fournisseur d’Héléna est une perle. Je penserai à mon régime une autre fois.
— Tu as de la réserve… alors, les ragots du mystère ? »
Piarron, fidèle à ses habitudes, ne dit rien, faire le taiseux est la meilleure façon de ne pas dire de conneries.
Il emprunta le journal, laissé ouvert sur la libération du voleur de bicyclette, où plutôt, le revendeur. À en croire l’article, il aurait trouvé la bicyclette posée dans un coin du clos du hameau, à St Jean de Braye. Il travaillait sur un chantier de rénovation, en bout de ligne du tramway, et un soir, il était resté faire la fête avec des amis. Au retour, il n’y avait pas de tramway, il décida de rentrer à pied avant de voire une bicyclette dans un buisson. Il la prit pour rentrer chez lui, puis la vendre pour se faire un peu d’argent.
Le journal disait également qu’il avait conduit les policiers sur place, rue Jeanne Champillou, là où il avait trouvé le vélo, mais il n’y avait rien de plus. Le maire de St Jean, Anton Dekatlov fit même venir une voyante pour calmer les personnes qui voyait un signe dans les deux noms de rue identiques, celui de l’abandon et celui de la trouvaille. L’escroc raconta une histoire à dormir debout avant d’empocher ses émoluments, mais le monde aime les histoires.
« Elle en pense quoi, la policière, de cette affaire, après sa visite des lieux du crime hier après midi ?
— Elle pense seulement que cet après midi, après les cafés nous nous préparons pour la vélorution, puis, nous reprendrons un train pour la Rochelle. Les châteaux de la Loire seront encore debout l’an prochain, dit Guillaume.
— Mais la femme du médecin machiste se trouve être la policière interrogée, et, elle connaît ses droits quand elle est interrogée.
— Les vieux couples…
— Toi, l’ancienne jeunette, va te délivrer de ton corset mental avant de te croire libéré. Tu passes Noël à la Rochelle, n’oublie pas*. Ce que je pense de cette affaire, c’est qu’il y a beaucoup de bruit autour d’une simple affaire de vélo perdu puis retrouvé. Même si c’est celui d’un notable local, il n’y a pas de quoi en faire un roman. Je pense que c’est un écran de fumée peut-être pour cacher quelques histoires plus grave dans la communauté urbaine. Comme notre journaliste, que le téléphérique fût en construction, le cadavre de votre notable serait au pied d’un pylône. Mais là, sans avoir accès au dossier, je crois qu’il est l’heure du café, et en même temps, l’heure de t’écouter nous raconter ta matinée.
Piarron souffla un grand coup, puis les cafés et les gâteaux servis, il commença son récit par la veille, quand il laissa ses hôtes pour aller vérifier une histoire de loup dans la forêt d’Orléans.
Un loup qui finalement c’est avéré être un chien mort d’un membre de la bande des identitaires beaucerons qui désirait en éparpiller la dépouille par morceaux dans les bois, ici sa tête, ici des poils. Non pas comme un jeu de piste macabre, mais comme s’il s’agissait d’une cérémonie païenne de reconnexion avec les ancêtres.
« Le type n’était inconnu de nos services, et sa famille ne travaille plus la terre de Beauce depuis la moitié du XIX. Enfin, les post-modernes s’inventent bien les racines qu’ils peuvent. Pour ce matin, je suis désolé, mais, fit Piarron en train de commencer de rire, je suis désolé mais, notre métier n’est pas facile »
Et le gendarme, comme il était surnommé, simple employé aux renseignements dans le domaine des superstitions et autres phénomènes mystérieux, raconta son affaire du matin.
Appelé par un riverain suite à la dépose sauvage de vingt poubelles dans la rue de Bourgogne, les services municipaux avaient contacté le service pour cause d’os dans les poubelles. Arrivés sur place, les renseignements spéciaux constatèrent bien que des os sortaient d’une poubelle. Comme toujours dans ces cas, un des badauds présents pérorait que devant la préfecture, cela ferait longtemps que les vingt poubelles seraient déjà mises à la poubelle. Une petite vielle avec un chien minuscule s’approcha d’une autre et lui disait que comme il y avait un restaurant chinois pas loin, fallait pas s’étonner. La seconde lui expliquait avoir vu le responsable de l’épicerie indienne se promenait là un jour. Un jeune avec sa casquette visée à l’envers expliquait à qui voulait l’écouter que il y a peu, dans un des commerces vides, il y avait un vieux juif qui vendait les filles depuis son arrière boutique…
« Ne rigolez pas, nous en sommes encore là. Ceci dit, ce sont bien des os qui étaient dans la poubelle, mais des os de plastique. Une personne était allée chercher le pharmacien plus haut dans la rue avant notre arrivée. Et ce dernier rigolait tout son saoul devant les différentes pièces de plastique du squelette dans la poubelle. Nous y avons également trouvé des documents qui tendraient à indiquer que l’appartement était occupé par un syndicaliste ; le squelette avait du en figurer des cérémonies d’enterrement de loi.
— Et ça te fait rire, dit la journaliste. Ce type avait un rêve, il n’est peut-être pas nécessaire de le tuer une seconde fois.
— La métaphore du squelette, on peut faire mieux. Mais ce qui me fait rire c’est de ne pas avoir vérifié avant la qualité des os. Après la manif, on peut passer chez le pharmacien le chercher si tu veux, ça te changera de tes poudres de perlimpinpin. »
Cette dernière pique était le signal du départ pour le groupe. Sylvaine prépara son costume de Princesse Leïa, Guillaume, celui de Dark-Vador, Sonia avait manifesté le désir d’être Luke Skywalker. Piarron, lui ne se déguisait pas encore en Obi-Wan Kenobi. Conduisant et la troupelée de gamins et le triporteur de la boulangerie, il faisait attention aux petites marches du quartier piétonnier.
L’équipée quitta ainsi l’Escargot et atteint le haut de la rue Royale. Le but était de mettre l’avant-garde du défilé du côté de l’obscurité. Le défilé commença, Piarron enclencha la marche impériale sur le pont Georges V, entre chien et loup, entre deux rives. Devant l’église St Marçau, on entendit un « prejatz per n’autres » à quatre voix. Lors de la jonction des groupes de cycliste, un festival de gilets jaunes se donna à être vu, une multitude de dynamos illumina la placette.
Une fois les lumières victorieuses sur l’obscurité, le défilé prit le départ dans un tonnerre d’éclairs et de sonnettes, la vélorution avança à travers la ville avant d’en gagner le cœur, avant d’en gagner son cœur.
Une fête !


~1590 mots

  • Voir « Correspondanças coma la mòrt », disponible uniquement en langue occitane.

4 commentaires sur “7 Jehannes en territoire d’exil — Velorution

  1. Jeanne à vélo
    22/11/2017

    Joli paragraphe final.

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    • janpeire
      22/11/2017

      Presque minuit, après je redevenais citrouille 🙂

      Mon objectif personnel (30000 mots) devrait être atteint le 22, l’enquête se poursuit jusqu’à la fin du mois (soit un peu moins de 40000 mots au final).
      Décembre pour le relecture et les nombreuses corrections (fautes, styles, suppressions de certains détails de remplissage…), janvier pour la mise en forme, et, en ce qui concerne le texte en occitan, l’histoire sera fine arrangée pour être présentée aux quelques concours auxquels je participe.

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      • Jeanne à vélo
        22/11/2017

        Je peux t’aider pour la relecture. N’hésite pas.

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        • janpeire
          22/11/2017

          Par fierté, orgueil mal placé, pour progresser… je pense pouvoir ôter 80% des fautes à la relecture. Suivant ce que je penserai du texte, en français, et des suites à lui donner, on avisera.

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Cette entrée a été publiée le 21/11/2017 par dans Non classé.

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