Becancaneries

Théorème de J.B. Corot : « la ville de Copenhague est équipée de 350 km de pistes cyclables surélevées, séparées de la route et très sûres » dont plus de 550 km font les trottoirs d’Orléans et son agglomération.

7 Jehannes en territoire d’exil — Jeanne d’Arc

Toinette, son sac sur l’épaule, allait vers la bibliothèque Maurice Genevoix. Elle regarda un moment les feuilles tombées dans le bassin du jardin, dessinant autant de poissons d’or que les légendes pouvaient en inventer dans ses lectures d’enfant. Aujourd’hui, le mur de verre de la bibliothèque de la Source ne l’effrayait plus. Elle avança un peu dans l’entrée et demanda où était la présentation de préparation au choix de la jeune fille qui allait incarner Jehanne, l’héroïne locale. La personne, avec regret, lui dit que à la suite d’une panne informatique et d’une modification de dernière minute, il lui fallait aller au château de la Motte-Sanguin, au bout du pont Thinat.
Toinette revint chez elle, rue Lugoj. Tout en enfourchant son vétété, elle se questionnait sur la pertinence de prendre le tramway ou d’aller directement à vélo. Le vélo lui donnait la liberté, moins d’ennuis, et finalement, à condition que le rendez-vous ne s’éternisât pas dans l’après midi, la possibilité de passer voir sa grand-mère. Pour le cas où l’occasion se présenterait, elle prit son gilet jaune.
Dans la rue Romain Rolland, un type dans une grosse voiture insulta la sage jeune fille pour la raison qu’elle ne se trouvait pas sur le trottoir. Cette dernière ne répondit pas. Passé le rond-point, le même sale type était stationné sur la chaussée, en train de parler avec des connaissances. Prudemment, Toinette se déporta sur la plate-forme du tramway, mais en arrivant au niveau de la voiture, elle essuya une nouvelle bordée d’injures. Cela ne fît pas rire un des hommes présents qui intima au type l’ordre de laisser la jeune fille tranquille et d’arrêter de faire des trucs comme ça. Quoi qu’il soit, la jeune cycliste décida de demeurer sur la plate-forme jusqu’à l’entrée du campus. La plate-forme est protégée des voitures par quelques potelets. La jeune fille connaissait les rues du campus où passer pour rejoindre la piste au départ du parc Floral, le long de la voie express, la seule piste digne de ce nom dans l’agglomération.
Seule, elle ne faisait jamais aucun geste à l’encontre des automobilistes. Ce n’était pas l’envie qui lui faisait défaut, mais elle n’ignorait pas que monter dans une voiture entraînait très souvent une mutation humaine ; même la personne la plus gentille du monde devenait un monstre sans foi ni loi, à l’instar de Goofy, dans un dessin animé, qui mue en Mister Hyde une fois monté dans sa caisse.
Enfin elle quittait le campus pour le trottoir déguisé en voie verte, restait le derrière du parc à parcourir, cheminement qui faisait porter la charge de l’attention aux plus faibles, malgré les travaux.
Enfin, Toinette se dit pour elle-même que Jehanne en son temps avait été plus brave dans l’adversité, plus courageuse, elle savait que la petite Lorraine était allée au-devant de difficultés plus importantes.
S’ouvrait devant elle maintenant la piste. Un faible soleil de novembre lui donna la bienvenue. En songeant à ce que pouvait être son rôle, Toinette fit de sa bicyclette un cheval, non mieux, un destrier. Les oiseaux devinrent ses compagnons du moment. Passer sous la route était comme traverser la Loire. Se savoir libératrice, délivra un sentiment de fierté. Elle dépassa un groupe de patineur, quelques chiens qui sortaient leur maître. Toinette essaya de calmer son enthousiasme car Jehanne n’est pas un rôle fictionnel.
Suivre la voie rapide, c’était la croiser de multiple fois. Parfois dessous, une fois à plat dans le carrefour à St-Jean le Blanc, passer dessous de nouveau au niveau des jardins ouvriers. Cette voie semblable à un serpent était un des symboles de l’allongement des distances, la représentation d’une certaine modernité.
Au haut du pont, elle prit le temps de regarder le fleuve couler. En face, sur le pont du chemin de fer, des promeneurs subissaient le bruit du passage d’un train. Le même bruit fit s’envoler des oiseaux du duit. Repartie, elle filait sur la Loire avant de rencontrer le dernier rond-point de son trajet.
Elle considérait que les quelques mètres de sens interdit pris avant l’entrée du parc du château ne formaient qu’un petit péché.
Son vélo attaché aux anneaux présents, Toinette se présenta.
« Vous êtes bien courageuse de faire de la bicyclette, vous savez ! Venir de la Source, c’est bien, cependant, être Jehanne d’Arc ce n’est pas être Jeannie Longo » lui assena la dame de l’accueil, une femme grise en tailleur de même acabit et col Claudine. Elle emmena la jeune fille dans une pièce où deux autres jeunes filles terminaient de remplir leur dossier.
« En voici un pour vous. Vous connaissez les critères de moralité. Il faut être de la bonne religion et la pratiquer assidûment. Il faut être au lycée et faire le bien autour de vous. Il y a déjà dix candidates, pour vous assurer la possibilité de concourir, il faut, pour le moins, qu’il y ait une candidate de plus. Autrement vous risqueriez d’être treize… vous comprenez le dilemme… treize, nous devrons vous éliminer puisque vous êtes la dernière à vous être présentée… enfin treize, je vous fais pas un dessin. »
Remplir le dossier d’inscription prenait environ une demi-heure.
Toinette n’oublia pas de prendre la liste des engagements qui échouaient aux parents de la jeune fille sélectionnée. Elle se fiait à sa bonne étoile pour être l’élue. Sa mère et sa grand-mère depuis très longtemps nourrissaient cet espoir secret pour elle. Petite, elle aurait préféré aller faire la course à vétété avec les gamins du quartier, mais aussitôt, sa mère lui faisait la leçon « à ton âge, Jehanne ne faisait pas de bicyclette, elle gardait les moutons ». Une fois la jeune fille s’était hasardée à expliquer que des moutons à garder, il n’y en a plus que à la télévision, et que la bicyclette est une invention assez récente dans l’humanité. Sa grand-mère lui dit de pas répondre. Le temps passa et la jeune fille se prit au jeu d’incarner un jour la pucelle d’Orléans.
Pour rentrer, elle parcourait sur une partie, le chemin en sens inverse en prenant le pont, le fleuve mais aux jardins ouvriers, elle prit le tunnel pour rejoindre St Jean. Elle le regretta aussitôt car la loupiote installée au sol la fit glisser et choir contre les parois du tunnel ; le résultat d’une intervention récente de la mairie avait rendu l’usage du lieu encore plus dangereuse. En se relevant, Toinette se dit qu’il n’y avait pas mort d’adolescente. Elle rigola même de l’imbécillité de la position des-dites lampes, au sol. Ajouté à sa première idée « je n’ai pas grandis tant que cela », un instant, Toinette se pensa Alice dans le terrier du lapin blanc. Présentement, un terrier tagué.

Tiens, ils ont repeint
Nique la BAC’anale
Je suis une ZAD

Sortir du tunnel, c’était voir le chemin et parcourir celui-ci. Elle rit de l’angle droit et privilégia la ligne de désir pour se diriger vers le second tunnel, celui du chemin de fer et terminer « rue du cygne d’or ». Toinette sonna chez sa grand mère, entre chien et loup, la vieille dame lui ouvrit et lui proposa d’entrer goûter.
En vérité, Mauricette avait hâte de raconter à sa petite fille comment elle a manqué passer à la télévision le soir de la découverte de la bicyclette de M. Cel.

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1210 mots

3 commentaires sur “7 Jehannes en territoire d’exil — Jeanne d’Arc

  1. Jeanne à vélo
    26/11/2017

    « enfin treize, je vous fais pas un dessin » : 😀

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  2. janpeire
    27/11/2017

    Dans la série content de lui :
    – cependant, être Jehanne d’Arc ce n’est pas être Jeannie Longo
    – « à ton âge, Jehanne ne faisait pas de bicyclette, elle gardait les moutons »
    – Toinette sonna chez sa grand mère, entre chien et loup, la vieille dame lui ouvrit et lui proposa d’entrer goûter

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Les commentaires sont fermés.

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Cette entrée a été publiée le 26/11/2017 par dans Non classé.

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