Correspondance avec la mort §4

Dimanche matin, le 2 novembre 2014

C’était une petite hôtellerie dans La Rochelle. La bâtiment affichait un certain cachet depuis l’extérieur, un charme discret et vieillot. L’intérieur lui, avait été rénové il y a quelques trois ans. Les exigences technologiques du monde moderne étaient présentes sous la forme du wifi pour les communications, la double isolation thermique et bioclimatique, la triple isolation phonique. La clientèle habituelle s’y trouvait bien.

Pour de nombreuses personnes, la partie la plus intéressante était la partie libre d’accès de l’établissement ; la réputation de maison de rendez-vous n’était pas sautée de la dernière nuit.

Ce dimanche matin, en entrant faire le ménage dans la chambre 19, Marguerite ne pensait pas crier si fort.

— Iiiiiiii ! Iiiiiiii ! Venez vite, venez m’aider, venez voir, venez vite !

Même à onze heure un dimanche matin, dans un petit hôtel, s’il y avait encore du monde au lit. un cri aussi fort que la sirène incendie allait les en sortir.

— Iiiiiiii ! Appelez la police, appelez les pompiers !

Du comptoir en bas, une voix lui cria :

— Tu as vu un fantôme ou quoi ?

— Viens voir, il y a une morte.

À ces mots, Sofia se précipita à l’étage. Jamais même, de mémoire de rampe, les escaliers n’avaient connu de passages aussi rapides, même un jour de fête.

— Une morte, où ça !

— La 19, regarde, elle est froide, dit Marguerite en se signant.

— Ferme la porte et touche à rien. J’appelle les flics.

Vingt minutes plus tard, les secours offraient un son et lumière aux passants de ce petit quartier proche de la gare. Comme ils bloquaient le passage, le concert de klaxons ajouta vite de l’animation à la chose. Dans l’hôtel, les deux femmes passaient dans les couloirs demander aux personnes, réveillées par le vacarme, de rester dans les chambres, qu’elles demeuraient à leur service, mais qu’un événement était survenu dans la nuit.

Un inspecteur de police, plus directif que les autres, se fit ouvrir la chambre, et avec le médecin des pompiers, il commença les premières analyses.

La mort était une chose facile à constater. Le médecin en trouva même rapidement la cause sous la forme d’une bille de verre engagée dans la gorge.

— Accident ? Suicide ? Le questionna aussitôt le policier.

— Je n’en sais, dit le médecin, c’est une bille, trop grosse pour être une perle dans une huître, trop petite pour être l’œuf d’une mouette. L’unique chose dont je peux être certain, c’est qu’elle n’est pas arrivée ici toute seule. Et il commença à fermer sa trousse.

— Un meurtre ? Avança le policier

— C’est vous qui êtes de la police, pas moi. Habituellement, des choses comme celle-ci, j’en vois jamais, je suis de l’équipe de désincarcération. C’est le hasard des congés de la Toussaint qui a fait que je suis ici. Nous serions dans une série policière, je serai avec vous à regarder partout. Par exemple, le lit n’est pas défait, elle tient encore la couette. Par ailleurs, elle est encore habillée. Mais un tel travail, ça ne peut pas être le mien.

L’inspecteur de police et le médecin jetèrent un coup d’œil rapide dans la chambre. Le lit était légèrement défait. Les deux hommes imaginaient ce fait comme consécutif à la chute. Rien de plus ne semblait avoir été touché, même pas le bagage posé sur une chaise.

— Le bagage ne semble pas avoir été ouvert, vos équipes devront fouiller dedans. Mais avec si peu de pagaille, je ne pense pas que se soit un meurtre, ou même un vol.

— Merci de votre aide. Je vais demander une équipe supplémentaire. Vous pouvez y aller… et arrêtez de regarder les séries policières à la télé. Nous sommes dans la véritable vie ici.

— Si vous le dites.

Redescendu à l’accueil, on lui donna un bref compte-rendu des faits rapportés par les deux femmes de l’accueil.

La chambre avait été réservée il y a deux semaines de ça, par une certaine Maëlina Campanys. Réservation confirmée par courriel même, confirmée et payée pour la nuit du vendredi 31 octobre au samedi 1er novembre. Comme à chaque fois, la réservation débutait à quinze heures pour se terminer à onze heures le lendemain, même si l’hôtel savait ne pas être à cheval sur les horaires; Ce d’autant plus en ces périodes de congés, sans oublier les charges, les 35 heures. Bref, les mille raisons du quotidien qui font que la femme de ménage qui avait découvert le corps s’en voulait de n’avoir rien pu faire.

— Autre chose ? Demanda l’inspecteur.

— Oui. Il semblerait que notre Maëlina soit arrivée vers dix-neuf heures. Elle a fait une demande de code pour passer par la porte arrière. Son téléphone n’avait plus de batterie. On la voit sur l’enregistrement vidéo de l’hôtel.

— Il y a un enregistrement des entrées et sortie ?

— Oui. Sur le film, on voit une grande blonde demander le code.

— Donc, ce n’est pas la personne qui se trouve à l’étage.

— Non. Mais les employées de l’hôtel nous ont donné son nom, attendez c’est dans mes notes, Anna Labecqua. Visiblement l’hôtel lui servait de garçonnière, pour parler, car elle ne recevait que des filles. Pas trente-six, à en croire les femmes de l’accueil, un jour une blonde, un jour une brune. Et puis, l’hôtel a une réputation d’être…

— On sait pour l’hôtel, on sait ! Dit une voix.

Cette voix était celle de l’inspectrice en chef de La Rochelle. La « chinoise bordelaise » comme l’avait surnommé ses collègues.

— Inspectrice, vous allez bien ?

— Ça va mon Alain, j’espère seulement que vous ne m’avez pas fait venir pour rien. Non pas comme la dernière fois avec votre noyée imaginaire.

— Non Sylvaine, vous avez entendu l’agent.

— Oh oui, mais les affaires de cocu à l’heure d’internet, cela ne se règle plus dans les hôtels de passe. Les gens se grimpent dessus pour un rien, pour un profil internet et ils terminent sous les roues d’une voiture. Non, les crimes dans les hôtels pour 5 à 7, de nos jours, c’est dans les romans qu’on les trouve, et pas les meilleurs.

— Là, c’est une lesbienne !

L’inspectrice fit remarquer que certains qualificatifs ne devraient être que des qualificatifs, pas des jugements de valeur.

— Je ne disais pas…

— Taisez-vous ! Taisez-vous ! C’est une victime avant tout, non ? Je vis bien seule à cinquante ans passés et vous vous posez des questions ?

— Mais tout le monde sait que vous couchez avec le légiste. Il aurait pu venir avec vous d’ailleurs, cela serait allé plus vite !

— Eh bien, il s’en dit des choses, il s’en dit. Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais rien dit sur votre historique de navigation au bureau. Moins de 5 minutes sur You-Porn, vous êtes rapide mon Alain, un rapide.

— Mais ! Mais !

— Je vous taquine, mon Alain. Laissons votre mémé tranquille et allons voir cette morte de Toussaint à l’étage.

À l’étage, rien n’avait été encore analysé.

— Hors la valise, il n’y a pas d’autres affaires ?

— Il semblerait que non. Après que le médecin des pompiers a trouvé la bille dans la gorge de la victime, j’ai simplement regardé vite fait. Pas d’affaires démises dans la salle d’eau, rien dans le placard, seule cette pièce de plastique trouvée sous le lit. Probablement un morceau de jouet, un bouchon d’une dînette ; j’ai pensé qu’il devait être ici depuis plus longtemps. Nous n’avons pas fouillé la défunte.

— En attendant le médecin légiste, venez avec moi à la réception.

C’était la cinquième fois que les policiers visionnaient le film des caméras de surveillance. Il laissait entrapercevoir une femme se présenter à l’accueil, les cheveux long, blonde, habillée d’une robe mi-longe et d’un manteau court. L’heure incrustée à la vidéo donnait 19:04.

L’inspectrice se fit la réflexion que la qualité de résolution était d’une meilleure qualité que la vidéosurveillance municipale qui jamais ne permettait d’attraper les voleurs. L’équipement présent pouvait même extraire une image du film.

— Et vous la connaissez celle-ci ? Une habitué ?

— Non ! Jamais rencontrée ici.Votre morte, madame Labecqua, elle réservait deux chambres, toujours la 19 pour la brune et la 18 pour la blonde. Jamais elle n’a été vue avec d’autres filles. C’était pas une coureuse.

— Non, bien sur. Une femme qui couche avec 2 autres n’est pas une coureuse, c’est une sainte. Enfin, la chambre dans laquelle elle se trouve est la 19, c’est elle qui avait réservé.

— Non ! Habituellement, c’est toujours madame Labecqua qui réservait, mais cette fois, non. Et comme on ne connaît pas les noms des autres femmes, on peut pas vous dire si la Maëlina Campanys est la brune, la femme de la 19. Vous savez, dans les deux maîtresses, disons comme ça, la brune est plutôt jeune, enfin, plus jeune que la blonde, qui elle a une bonne quarantaine. Un peu comme la maîtresse de son homme.

— Vous, vous connaissez monsieur Labecqua ?

— Notre clientèle apprécie la discrétion de l’établissement et les facilités qu’il offre. Attention, nous ne faisons que dans la passion extra-conjugale, c’est pas un hôtel de passe ici. Monsieur Labecqua est client depuis longtemps. Mais nous ne savons rien de sa parisienne de maîtresse, sauf qu’elle est blonde…

— Parisienne ?

— Toujours élégante, toujours un chapeau qui lui mange la figure.

— Comment savez-vous alors qu’elle est blonde ?

— Nous nettoyons les salles d’eau. Monsieur Labecqua vient depuis 5 ans, facile. Même pendant les travaux, tous les quinze jours, comme une pendule. Sa femme c’est différent. Pendant 2 ou 3 ans, elle est venue avec son ami la grande blonde, puis depuis 3mois environ, avec cette brune.

— He bien, un hôtel discret, vous dites. Qui a fait la réservation pour ce vendredi.

— C’est moi, dit Sofia. Voila l’enregistrement, le compte bancaire est domicilié à Angoulême.

— Vous avez les enregistrements des autres jours ?

— Non ! C’est interdit par la loi. L’enregistreur est automatique, sauf pour les cas comme aujourd’hui. C’est une mémoire continue, sur 3 jours.

— Vous avez le moment où la morte entre dans l’hôtel, demanda l’inspectrice.

— Non, elle connaissait la porte de derrière. C’est bientôt fini, car il y a 10 repas à préparer, même rapides. Et les chambres à faire. Déjà, c’est un jour de fête, personne veut travaill…

— Je sais, je sais. Voici le légiste. On vous laisse pour l’instant.

L’inspectrice avec son adjoint et le médecin légiste montèrent pour examiner la femme morte.

Il remarqua très vite des traces au cou mais sembler affirmer qu’elles n’ont pas été la cause de la mort. C’est peut-être un accident, mais ce serait vraiment couillon, sauf si c’est une nouvelle mode.

— Déconne pas !

— Pour le moment, c’est a priori cette bille et rien d’autre qui est la cause du décès. Savoir comment elle est arrivée là, je te le dirai, peut-être après un examen au labo.

— Et ce truc de plastique ? Il était sous le lit.

— On dirait le bouchon d’une bouteille. Donne-le, je le ferai analyser aussi.

Les policiers en profitèrent pour fouiller la veste. Il y avait un prospectus pour une exposition à Paris, un billet de train avec réservation pour le 31 octobre.

L’inspectrice pris une chaise dans le couloir pour se poser. Elle regarda un moment les personnes aller et venir, un peu inquiet des uniformes un peu partout. Sans oublier qu’ils étaient passé dans les chambres faire un relevé d’identité, et en même temps, il avait fallu rassurer le monde sur la discrétion.

La victime était maintenant sur un brancard, prête à être transportée au laboratoire.

Avant de partir, et pour éviter de fastidieuses recherches, elle demanda l’adresse de monsieur Labecqua.

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