Correspondance avec la mort §5

Dimanche 2 novembre 2014, le soir

La nuit semblait tomber tôt en ce dimanche soir, ou alors, c’est encore le changement d’heure qui se fait sentir, songeait Sylvaine. 2 mouettes se bataillaient le territoire des cieux rochelais, les moucherons n’avaient qu’a bien se tenir.

La policière était accompagnée de celui qui, pour ainsi dire, avait débuté l’enquête.

Alain et elle ont souvent déjà fait équipe ensemble, et comme les chiens, ils avaient chassé ensemble, mais heureux à la fin de gouverner sa propre queue. Sylvaine avec la tête dans le volant, Alain, comme l’huile dans les rouages pour rondement mener l’enquête.

Ils sonnèrent au numéro donné par les employées de l’hôtel. Une résidence qui semblait d’un assez fort bon standing, dans un complexe immobilier de la fin des années 70, au béton généreux dans les courbes qu’il dessine en balcon et vitrine haute de 2 niveaux. La résidence devait compter environ une vingtaine de duplex. Quartier cossu.

L’inspectrice sonna une seconde fois avant d’entendre, via l’interphone, une voix s’enquérir de ce qu’il en était :

— Police, nous aimerions nous entretenir avec vous.

— Premier niveau, appartement 17.

Le bruit du déclenchement du loquet accompagna le bip, signal que l’interphone était raccroché.

— 17, 18, 19, commença à compter Alain, vous êtes forte en numérologie inspectrice ?

— Je n’ai aucune superstition. Tenez-vous, nous arrivons.

Sylvaine et Alain arrivaient sur le pallier qu’un homme venait à leur rencontre.

— Monsieur Labecqua ?

— Lui-même, venez, finissez d’entrer et ne faites pas attention au bazar, je rentre d’un séjour parisien, mais j’aurai tout rangé avant le retour d’Angleterre de ma femme demain.

L’homme, la pleine quarantaine, grand, sec, taillé pour courir un marathon, commençait à perdre ses cheveux, mal rasé, il ressemblait à un étudiant un lendemain de fête.

— Entrez, je vous en pris. Vous désirez boire quelque chose.

— Asseyez-vous également s’il vous plaît, nous avons une chose difficile à vous dire. Votre femme est morte.

L’inspectrice regarda le pauvre homme qui, même déjà assit, eu un mouvement de tassement sur lui-même.

— Vous venez de nous dire qu’elle devait revenir d’un voyage d’Angleterre ?

— Heu, oui… ma femme est partie il y a une semaine pour son colloque annuel. Elle est professeure de latin, et elle devait retrouver des gens du milieu là-bas.

— Elle devait rentrer demain, un lundi ?

— Elle est prof au collège, les jeudis et les vendredis, les mardis impairs. Elle devait normalement rentrer vendredi pour éviter le trafic au regard des fêtes de la Toussaint.

— Il y a pourtant un tégévé qui vient de Londres en direct, non, demanda à son tour Alain.

— Pendant les périodes de congé, prendre le train est parfois compliqué. Et puis, elle a préféré passer la dimanchée à Paris, chez sa sœur. Mais là aussi, ça dépend. On sait quand le séjour débute, jamais quand il se termine. Les relations entre Anna et sa sœur sont… électriques. En général, quand elle quitte Paris, elle me prévient de son heure d’arrivée et je vais l’attendre à la gare. Ce matin, sans message de sa part, j’ai laissé un message sur le portable de sa sœur.

— Et pourquoi pas sur le portable de votre femme ?

— Ma femme vit… enfin, vivait sans tout ça. Il faut préserver la planète, il faut faire sa part, l’humanité est le mal de ce monde, tout, exactement tout le contraire de sa sœur, une des raisons pour lesquelles elles ne peuvent pas se voir. Mais, pourquoi est-ce vous, la police, qui venait m’annoncer la mort de ma femme ?

— Pour le moment, c’est moi qui pause les questions. Que faites-vous dans la vie ?

— Je suis photographe généraliste, et je suis également intervenant extérieur à l’école d’art d’Orléans, 2 fois par mois. J’interviens aussi ponctuellement à l’école d’Angoulême. Mon studio est sur la mezzanine. Nous avons un grand appartement et pas d’enfants, donc beaucoup de place.

— C’est vous ou votre femme qui n’avait pas voulu d’enfants.

— Nous n’avons pas réussi à en avoir. Et nous n’avons jamais fait de demande pour l’adoption. C’est comme ça. Je renouvelle ma proposition de vous offrir à boire.

— Non merci, dire les policiers, mais faites, ajouta Alain.

Le policier en profita pour lui demander son emploie du temps des trois derniers jours. Il passa un regard inquisiteur dans la pièce en léger désordre le temps que l’homme aille se chercher une boisson. Il revint avec une sorte de soda, vert fluo, dans une étrange bouteille.

— Normalement, c’est une semaine où je devais être à Orléans. Mais avec les congés, je suis allé à Paris où j’ai un projet d’exposition à la maison du Japon. L’endroit présente pour l’heure une exposition sur le travail de Matsumoto Seichō, un écrivain de roman policier. En plus de cela, je devais commander des lampes. Comme mon fournisseur était en rupture, il m’a proposé de me les expédier ici. J’ai pu aller à Orléans pour une affaire personnelle.Je suis enfin revenu vendredi après midi en prenant un train aux Aubrais jusqu’à Paris, puis pour la Rochelle. Je dois encore avoir mes billets dans mon sac. Tenez :

13:35 Les Aubrais-Orléans > 14:36 Paris Austerlitz

16:12 Paris Montparnassa > 19:26 La Rochelle

Vous pouvez me dire pour ma femme ?

L’inspectrice regarda les billets attentivement.

— À la maison du Japon, vous n’avez rien acheté qui pourrez prouver votre passage ? Et les lampes dans la seconde boutique, il n’y a que à la capitale qu’elles se trouvent ?

— J’avais également une affaire à régler.

— Une femme ?

— Oui ! Mais c’est du passé maintenant.

— Elle pourra prouver vos dires ? Votre femme était au courant que vous aviez une maîtresse ?

— Grands dieux, non ! Anna était loin de tout ça. Mais, il se trouve qu’il y a 15 jours, j’ai ouvert son journal intime et il y avait écrit au milieu d’une page « je sais maintenant ». Étrangement, je l’ai pris pour moi, comme un avertissement.

— Vous avez pris peur pour quoi ? Vous n’avez pas d’enfants, vous gagnez tout les deux votre vie !

— À 45 ans passé, je ne me voyais pas refaire ma vie, ce d’autant plus que mon amante n’était pas du genre à divorcer. Ce n’est pas dans sa culture. Et puis une petite aventure ne voulait pas dire que je n’aimais pas ma femme.

— Une petite aventure de 5 ans !

— … !

— C’est comme ça, je sais tout, je sais tout. Et votre femme, elle a un amant ?

— Non, enfin… Je vous l’ai dit, c’est une intellectuelle, elle a son monde à elle. L’émotion c’est une église, le travail d’un artisan un livre, un concert de hautbois…

— Vous n’avez pas répondu à ma question sur les choses achetées à la maison du Japon.

— J’ai acheté des livres de Matsumoto Seichō, dans des éditions d’art illustrées spécialement pour Paris. Je me suis également procuré un livre sur les bonzai, enfin, il devait être pour l’association dont je suis membre, mais, malheureusement j’ai oublié le sac de livre dans le train.

— Étrangement.

— Vous pouvez me dire pour ma femme.

— Elle a été retrouvée morte dans une chambre d’hôtel. Celui qui est situé derrière la gare.

— … !

— Celui que vous pratiquez pour vos relations extra-conjugales.

— Je n’ai toujours eu qu’une maîtresse… mais, ne me dites pas que ma femme?

Alain regarda sa collègue, fixement. D’un accord tacite, rien ne fut dit sur la nature des amours cachées.

— Vous pouvez nous donnez le nom de votre maîtresse ?

—C’est délicat. Faites bien attention, car son marri est un architecte assez renommé localement, il a construit de nombreux bâtiments modernes à Orléans.

— Cela va être nécessaire car voyez-vous, dans les papiers trouvés sur votre femme, il y avait un carton d’exposition sur Matsumoto Seichō. Par un simple hasard, elle était à Paris en même temps que vous, peut-être même dans le même train, alors, les considérations bourgeoises sur votre maîtresse, je m’en moque un peu. J’analyse des faits.

— Elle se nomme Françoise Fontanilhas.

— Comment vous êtes-vous rencontrés ?

— Il y a 5 ans. Elle sortait d’une grande dépression, je m’ennuyais dans mon couple, d’autant plus qu’Anna refusait que l’on suive des traitements pour avoir un enfant, elle refusait l’adoption, alors voilà, lors d’une exposition de bonzai, j’ai rencontré cette femme qui, elle, était haijin,

— hai quoi ?

— Haijin, les personnes qui forgent des haiku, ces petits poèmes en 3 vers qui donnent une photographie d’un instant bref. C’est très bon pour les personnes qui ont du mal à se concentrer. C’est aussi un bel exercice pour dire le monde présent. Enfin, avec Françoise, j’avais trouvé une « béquille » affective. Nous nous voyions tous les 15 jours à Orléans, puis, quand elle a décidé d’ouvrir une seconde librairie ici, à La Rochelle, nous nous rencontrions encore plus souvent. Vendredi, c’était notre dernière fois. Quand je l’ai laissée, elle s’apprêtait à prendre, elle aussi, un train, pour le Limousin où elle a de la famille je crois. Voici son numéro de portable.

— Nous vous demanderons de passer authentifier le corps de votre épouse dans un premier temps, puis de passer au commissariat que quelqu’un prenne votre déposition. Vous n’êtes accusé de rien, mais ne quittez pas la ville sans nous avertir. Nous devons vous laisser maintenant.

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