§15 — St Brice, patron des juges

Vendredi 7 novembre 2014, matin

Aller saluer, autour d’un café, les deux gendarmes à l’accueil était une routine matinale depuis 3 mois maintenant, l’occasion de prendre le pouls de la cité avec le mauvais filtre des racontars de la nuit.

Capitaine, l’adjudant Delorme a demandé au téléphone que vous alliez le chercher chez lui.

Encore sa voiture. Nous l’avons bien pourtant retrouvée.

Non, même si de ça, il ne faut pas lui en parler, ni à lui, ni à sa femme. Cette fois, c’est pour des tissus.

Des tissus ?

Oui, des habits retrouvés dans une poubelle, chez lui, à St Brice.

À St Brice, il en a de bonne lui. Bon, je vais demander à Séverine de venir faire la chiffonnière avec moi.

Il revient dans combien de temps votre permis.

En cadeau, à la Noël !

La prochaine fois.

Brigadier, le téléphone ne demande qu’a vous écouter.

Des habits trouvés dans une poubelle, à la gare de St Brice, qu’est-ce-que c’était encore que cette histoire. Delorme était un bon gars, mais il ne fallait pas lui en demander trop, enfin, pas deux choses à la fois, autrement il mélangeait vite les affaires comme si un complot était établi pour dépêcher sa propre fin, puis celle des siens, du Limousin, de l’Europe, de l’humanité toute entière sur la Terre.

C’est ainsi que pour le soi-disant vol de la voiture de sa femme, des gens du voyage avaient été accusés, bien à tort ; il se trouve que madame avait oublié être rentré avec sa fille, la voiture stationnée sur le champ de foire de St Junien.

Autant aller voir cette histoire de chiffon, cela oxygénera le cerveau après la séance d’hier.

Le trajet cette fois-ci fut très rapide, et moins d’un quart d’heure, voici la petite voiture bleue devant la gare, ou plutôt, comme il est dit dans les lieux autorisés, le point ferroviaire de St Brice.

Qui a-t-il adjudant ?

Des habits. Je les ai vus au moment de sortir de la gare. J’ai amené mon garçon ce matin prendre le train de 6h54, pour Limoges. Il va rejoindre des copains à Paris, puis ils vont faire la fête à Berlin, pour les 25 ans de la chute du mur. Enfin, je m’apprêtais à jeter un papier que j’ai vu comme des cheveux sortir de la poubelle, des cheveux blonds qui dépassaient d’une poche plastique. Et au pied de la poubelle, d’un coup, j’ai découvert des chaussures que les feux de ma voiture faisaient luir dans la nuit. Avec la pluie de la nuit, les chaussures ont peut-être dégringolé du sac. Puis je vous ai téléphoné, sans réussir à vous avoir car jamais vous ne décrochez.

Vous avez mal entré mon numéro. Vous avez regardé un peu les alentours.

J’ai fait un premier tri, grossièrement sans trop toucher…

Et des gants, vous en auriez trouvé ?

Capitaine, je les avais aux mains !

Je voulais savoir si vous en aviez trouvé dans les déchets. L’inspectrice de La Rochelle m’a parlé de gants hier, c’était pour ça.

Maintenant que le jour va être levé, nous allons peut-être les trouver, sauf si un chien est passé avant nous. Je demande une équipe de renfort, pour fouiller les environs immédiats. En les attendant, je vous ai préparé un mémo sur les horaires des trains qui passent à St Brice.

Ha non, plus d’horaires, je n’en peux plus des trains qui passent les jours pairs, sauf si c’est pleine lune ou encore le jour du changement d’heure.

Pour St Brice, c’est très simple, les samedi c’est un seul dans un sens, un sel dans l’autre sens, et le premier, pas un train ne passait, enfin, il passait mais ne s’arrêtait pas comme dans le sketch des deux comiques.

Prenez donc des photos de la robe et des chaussures pour les faire identifier par l’inspectrice de La Rochelle. Elle va nous dire si ce sont les même que sur la vidéo de l’hôtel.

Elle va rester à St Junien la chinoise, je l’aime bien comme femme.

Vous pouvez peut-être dire « l’inspectrice », ou l’appeler par son prénom, non ?

Pardonnez-moi ! Et ils sont où les deux inspecteurs.

Ils désiraient interroger la fille des Fontanilhas, en pure perte à mon avis, mais, sait-on jamais. Ils repartiront en fin de matinée ou dans l’après-midi. Angoulême n’est pas non plus à 500 kilomètres. Dites-moi Séverine, c’est facile de marcher avec des souliers comme ceux-ci ?

Je ne marche jamais avec des talons, surtout aussi hauts. Je ne suis pas une bourgeoise comme madame Fontanilhas. Et puis mon copain semblerait encore plus petit à mes côtés, déjà qu’il n’est pas grand.

C’est de jouer au basket qui vous a fait grandir comme une asperge, ajouta Delorme.

Ça ne marche pas dans ce sens. Non pas dire des conneries donnez-moi votre mètre Delorme. 15 cm de talon, c’est peut-être pratique pour une parisienne dans Pigalle, pas pour une limousine, même pour éviter les bouses.

Séverine, toutes les parisiennes…

Oubliez ça adjudant, elles sont pour homme. Elles chaussent grand, ce n’est pas marqué mais au moins du 42.

Les 3 gendarmes observèrent les vêtements posés au sol. Pensifs. L’équipe supplémentaire fut très vite arrivée et tout fut organisé pour retrouver ou des habits, ou des objets, ou toutes choses qui sembleraient importante.

Une heure plus tard, un premier point fut fait sur les trouvailles : des prospectus jetés là, des déchets, des bouteilles, pour l’équipe qui avait inspecté les voies ; rien d’extraordinaire pour l’équipe qui avait la charge de la route qui passe devant la gare.

L’adjudant, lui, avait décidé de fouiller les alentours de la gare en elle-même. Le bâtiment était fermé, mais il prit grand soin à suivre le passage habituel des usagers, du parc de stationnement au quai.

D’un coup, ce fut lui qui s’écria dans le petit matin « ici, un billet, un billet, ici. Un billet de train, un billet à la date du premier, le jour où pas un train de passe. Regardez ! Regardez, il semble neuf, même une semaine après.

Il était un peu protégé ici votre billet adjudant. Avança un gendarme.

Oblitéré, enfin je veux dire, composté à Angoulême, à 5h21 du matin. C’est un billet.

Nous avons son jumeau à la caserne. C’est du très très travail que vous avez fait là Delorme, dit le capitaine. Je vais demander aux autres de rentrer. Sauf si quelqu’un désire faire d’autres fouilles. Mais pour rien, le trésor, c’est vous qui l’avait trouvé, par deux fois, avec les vêtements, puis ce billet. Encore bravo adjudant.

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