Becancaneries

Aventures à vélo dans Orléans mégalopopole & un peu ailleurs !

Colleur d’affiches

Toine est maintenant arrêté à un feu rouge, cerné de véhicules à moteurs. Des auto-mobiles comme ils disent, oubliant qu’une personne, seule souvent, actionne les commandes de l’engin. Au milieu des odeurs et des gaz d’échappements, des piétons s’échappent en masse de la station des Tourelles. C’est un jour de manifestation, la circulation de celui qui est relié au ciel est perturbée. Enfin, rive droite du fleuve, de l’autre côté du pont George V, les policiers gèrent la marche pour le climat.

Une sonnette retentit et le tramway, longiligne ver gris de métal, boiteux en son milieu prend à nouveau son chemin, sans avoir grand choix de la voie.

Le feu passe au vert. Premier coup de pédale, changement de pignon, accélération. Une douce sensation est créée par le mouvement en ce chaud après-midi. Dans le flux des véhicules, à sa place sur la chaussée, le petit colleur d’affiche du parti de la bicyclette roule.

Avec la foi du militant, avec ses convictions, il roule jusqu’à son premier rassemblement de panneaux électoraux, il roule jusqu’à la mairie de St-Jean le Blanc. Le quai des Augustins n’a rien d’extraordinaire pour les cyclistes. C’est une chaussée tout ce qu’il y a de plus dépourvue d’aménagements à l’attention des cyclistes. C’est une absence totale de Loire à vélo, les profiteurs ont préféré faire faire un créneau vers le centre historique aux éventuels chalands. Peu chaut aux décideurs de faire monter une bicyclette chargée sur le pont, la faire glisser dans la passerelle pour éventuellement partager de son pouvoir d’achat, réputé important, avec des commerçants du centre anciens, des commerçants pour quelques-uns, au sourire aussi gracieux qu’une fiente de pigeon.

Après avoir circulé avec encombre voituresque avenue du Gal de Gaulle, Toine cale sa monture devant la mairie, à la hauteur du panneau numéroté 35. D’une sacoche il sort un rouleau et ôte le couvercle d’un pot profond rempli de colle. Il enduit le panneau de contre-plaqué, puis, il extirpe de l’autre sacoche une affiche, la pose le plus droit possible sur le panneau avant de l’enduire de colle.

Elle a fière allure cette bicyclette « bleu Pavin », ornée de quelques touches de « jaune Gentiane », le feu du regard tourné vers la gauche, vers l’avenir. La prise de vue a été faite sur l’Euro-Véloroute du Rhin, isolée de toute circulation. Tout un symbole.

Il commence à faire chaud. Au sortir du trottoir, quelques traces de peinture de-ci delà, un coup à droite, deux coups à droite. Peut-être l’œuvre d’une personne ivre au petit blanc.

Toine, lui, file droit. Bien sur, le seul outil de communication que les automobilistes connaissent est la trompette de la mort. Ils ne se privent pas de faire remarquer ainsi que entre les arbres de l’avenue, entre les pots de fleurs, les poubelles, il y a ce qu’ils considèrent une « pistes ».

Les pauvres, s’ils savaient !

Notre petit colleur d’affiche n’en a cure, et il poursuit sa route et sa tournée de collage. La présentatrice de la météo avait annoncé un camaïeu de gris au nord avec un fort risque de pluie, du soleil au sud de la Loire, pile poil, là où il roule présentement.

Il avait quelques repères géographique pour être efficace dans sa tournée. C’est ainsi que rue Creuse, il s’était dans un premier temps mis à rouler sur le trottoir bi-directionnel, jusqu’au premier piéton. Récemment, il y a eu des coups de donnés, même un arrachage d’oreille. Toine ne se sent pas l’âme d’un Van Gogh.

La même médiocrité générale dans l’équipement chasse les cyclistes de la chaussée pour les envoyer faire le trottoir, jusqu’à St-Denis. Faut-il dire aux responsables que nous ne sommes plus dans les années 80 des siècles dépassés.

Rue du Melleray, même la rue à la voie centrale nouvellement banalisée pourrait être dangereuse :

RIMG0155

Enfin, le danger est une hypothèse. Question arrêt de bus mal placé, n’a-t-on pas vu récemment dans Orléans, à l’un d’eux, le plan incliné destiné aux personnes en fauteuil finir dans le bac à fleurs, ou pour d’autre, d’être positionnés de façon à ne gêner que les cyclistes.

La politique des transports est un des thèmes forts du parti. En moins de dix ans, il est question de supprimer les vols intérieurs à l’Union, ou, à défaut de les taxer lourdement. Une série de propositions avait été faites pour encourager la création de taxe sur les déplacements extérieurs à destination du tourisme de masse, par air et par mer. Les états avaient pour obligation de préserver leur réseau de train, de développer en parallèle aux réseaux à grande vitesse, des alternatives avec des dessertes rapides des grandes citées décentralisées. Bien sur le vélo n’était pas oublié. Une partie du programme prévoyait le renforcement des Euro-véloroutes par quelques alternatives locales pour renforcer la maillage. Pour intensifier l’usage du vélo au quotidien, il serait créer aussi, un standard européen du vélo, sur tous les composants, à l’image de ce qui avait été fait pour les pneus.

En attendant, voilà la mairie de St-Denis :

Une affiche de collée, une zone de petits pavés, tel la standardisation de ce qui est vendu comme chic, qui en vérité ne signifie rien de plus que les mêmes goûts que les jardiniers des rond-points.

Rue de la Cornaillère, le trottoir étroit de part et d’autre est teinté de rouge, c’est donc cela un équipement sans qualificatif. Au rond point, il se transforme en équipement « c’est mieux que rien » ; une voie aux multiples sauts et ressauts s’offre aux roues du vélo. Enfin, même dans une zone, les cyclistes seraient mieux traités en d’autres contrées d’Europe. Toine vocifère contre l’abus de panneaux « arrêt » à destination des cyclistes, alors que les amis des rond-points ne souffrent en rien dans leur itinéraire quotidien.

Quitter ce machin est une question de priorité, mais le cycliste sait toujours ce qu’il perd, jamais ce qu’il gagne. Par quelques fantaisies de la liste donnée des panneaux électoraux le voici sur une superbe ligne droite, jusqu’à la nouvelle étape, celle de St-Cyr.

Sur cette deux fois une voie, bordée de grandes terres cultivées, la circulation est rapide, trop rapide. Il fait soleil sur la peau et l’air est juste suffisant pour être bien.

Enfin se montre le panneau d’entrée dans la cité, en même temps qu’un embrouillamini de peinture, de signaux de… une grande confusion règne jusqu’à la mairie.

Se perdre est parfois le meilleur moyen de se trouver. S’échapper, en sûreté, ne va pas être aisé, même pour un militant de la cause.

Ici de nouveau un trottoir, ici une voie centrale banalisée puis ici un panneau rond à l’entrée d’une véritable piste ; c’est donc possible d’avoir un équipement qualitatif. Comme tout bonheur, il a une fin, rapide, et de nouveau, le cycliste est prié de faire le trottoir d’en face. Rouler avec deux sacoches, une avec un pot de colle, l’autre avec le matériel, avoir plus de 8 ans… la chaussée est là pour ça. Surtout que le trottoir est devenu simple sentier retenant prisonnier avant le rond point, le cycliste qui se croyait en sécurité.

Passé celui-ci, c’est la voie verte du campus de la Source. Rien de folichon, rien de désagréable. Il y a des amateurs de la chose, faut pas croire. Présentement, il ne pourra pas aller plus loin que la bibliothèque départementale. À peine sortie de l’équipement, à la faveur d’un feu rouge, une myriade de vroumvroum se fait entendre derrière lui. Personne n’est encore élu et voila Toine qui remonte la rue de la Source.

Le militant du parti de la bicyclette se prend à chantonner « ils ont des panneaux ronds, les olivetains. Ils lui font la tête au carré, à l’espace partagé. Avec une bande peinte, le trottoir nous éreinte, du joli panneau carré, faisons un B22 barré… ils aiment des panneaux ronds, les olivetains… »

Aucuns équipement en vue, dans une ville qui arbore facilement son titre récemment gagné de second dans sa catégorie.

Notre petit colleur d’affiche ne désire pas jouer les misérables, surtout pas le long du boulevard Victor Hugo orné d’une contre-allée, qui sans être en or, est sauvable dans le grand décompte de la mégalopole. Bien sûr que les intersections sont à revoir, évidement que la largeur de la piste n’est pas faite pour accueillir un mille de cycliste à l’heure, certes il y a des angles droits ; certains pensent bien encore que la Terre est plate.

L’équipement n’est pas en or, une bonne raison pour le colleur de poursuivre rue du Pressoir. C’est cette complète absence d’équipement qui laisse à croire que le reste est bien. Un ou deux chevrons verts peints ici ou là ne sont en rien un équipement, même dans Olivet la seconde.

Encore une avenue du Gal de Gaulle, toujours pas d’équipement. Qui se ressemble s’assemble. Sur le bas-côté, une tentative de c’est mieux que rien.

Le colleur d’affiche passe le pont de l’autoroute, pour rencontrer un panneau qui n’existe pas. Il le poste sur son jouèb pour demander son chemin, comme autrefois un gamin dans le désert, sauf qu’une fiction, c’est une œuvre de l’imaginaire, la rue, c’est l’endroit où le vélo circule.

St-Hilaire St-Mesmin est une ville à l’ouest, complètement à l’ouest dans l’agglomération. Toine trouve que la mairie est mignonne. « Une petite perle dans un océan de verdure » comme c’est indiqué sur le calendrier :

Mais son affiche collée, tel un saumon, il remonte la Loire à vélo jusqu’à la mairie de St-Pryvé St-Mesmin.

La mairie vêtue de son affiche pour le parti de la bicyclette est en passe d’être affichée à l’appareil numérique. Il est temps de faire le tour du rond-point pour découvrir les dégâts fait à l’itinéraire vélo-touristique au profit des automobilistes. Visiblement, certains ne sont pas prêts à laisser les effluves aux mauvais souvenirs d’un moyen de transport inadapté à l’urgence climatique. Faut-il espérer l’évaporation du fleuve pour qu’un petit peu de prise de conscience éclose. Pourtant, sous la chaleur, les fleurs fanent vite, surtout les roses.

Devant le pont de l’Europe, un pont aux dimensions autoroutières, un capot levé signale la panne. Seul, sans personne à qui parler…

C’est une autre fiction que cela. Le colleur d’affiche suit la rue des Hautes Levées, sa mission presque achevée, il désire rentrer quand soudain il rencontre un nouvel équipement fait de bordures, de parties de bitume et d’abris bus.

« Quelle merveille ! se dit-il, je n’avais jamais vu un équipement neuf construit déjà dépassé, déjà ancien. L’ex-route nationale est ainsi une machine à remonter le temps. C’était donc que cela les années 70, les drogues à volonté, et tout le folklore dont parlaient les parents. »

Survivre est la priorité. Coller des affiches fait grandir le bon karma. Vite, descendre du bousin, prendre la voie de décélération et traverser ce quartier qui aurait pu être une extension du jardin des plantes. Le béton n’est un bon fumier que pour les profits, pas pour la vie.

De nouveau Loire coule à gauche, jusqu’au pont.

Encore un coup de klaxon dans la rue, au moment où il rentre chez lui, quai de Prague. Toine jette un œil sur la figure que son trajet du jour a dessiné :

Un premier dessin par GPS ! Que personne ne se moque.

Il sait qu’il n’y est rien, qu’il n’est pas méchant. Il le sait bien…

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Les photos des mairies du sud ont été prises le lundi 20 mai 2019 sauf celle de la mairie de St-Pryvé qui a été prise le vendredi 24 mai.

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Cette entrée a été publiée le 25/05/2019 par dans micropoésie – fiction, et est taguée , , , , , .

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