Becancaneries

Théorème de J.B. Corot : « la ville de Copenhague est équipée de 350 km de pistes cyclables surélevées, séparées de la route et très sûres » dont plus de 550 km font les trottoirs d’Orléans et son agglomération.

« Fat checking », plus c’est gros…

Il y a peu la République du Centre a fait un peu de « fact checking » sur les chiffres communiqués par la mairire d’Orléans.

Remarque en passant, il est dommage de ne pas le faire systématiquement.

Le film dont il se parle dans le journal a été écrit au sirop de cerise, très sucré, un peu trop, ce qui fait que les chiffres sont gros, très gros. Ce qui justifie le titre de ce billet et la tentative de décryptage suivante.

Le film

le film est disponible ci-dessous :

Les histoires racontées

L’histoire principale est celle d’une mannequine en plastique qui passe un jour dans la cité johannique. Symbolise-t-elle la touriste attendue ou personnifie-t-elle la cité, nul ne sait. C’est de la com’, rien de plus. Cependant, elle, elle ne parle pas, ce qui lui évite de dire des conneries.

Barbie arrive en avion, elle prend une autoroute, passe devant la gare de l’agglomération* et peut-être le tramway.

Petite rupture dans la narration de la folle journée de la poupée de cire, elle se téléporte au LabO ; pourquoi ? Comment ? Nul ne le sait et « en-même-temps » nous nous en moquons un peu. Du LabO, elle sait qu’elle ne sera pas embêtée par la circulation des vélOs (>fr) puisque de l’ancien site industriel, tout a été fait pour ne pas gêner la circulation des motorisés. Cela tombe bien, Barbie sait conduire les camions, en prend un et va sur la super plate-forme au nord de l’agglomération. Là, elle nous explique être cosmométologue**, Barbie a donc fait des études, avec la tête dans les étoiles. Après s’être envoyée en l’air, Barbie fait son marché, car une belle plante à la plastique lisse a des racines dans la terre.

Un peu fatiguée de sa matinée, avec toutes ces choses à faire, Barbie va se sustenter. Et ça tombe bien, figurez-vous brave monde qu’il y a des restaurants dans la cité de Jehanne, et nous y mangeons cuit, et ailleurs que sur un bûcher.

Barbie est curieuse de la vie, mais peut-être son système de guidage la trompe pour sa promenade digestive, car l’itinéraire « officiel » de la Loire à vélo ne passe pas encore par Combleux.

Si jamais le père-inventeur voit l’image suivante :

Attention Barbie, Ken ne sera pas à la hauteur du courroux de celui qui, il y a 30ans, aurait pu être pris pour un fou.

En même temps, la poupée de plastique semble s’en moquer un peu de la Loire. Elle, elle désire faire les courses… le dimanche. Et c’est important de s’acheter un chapeau le dimanche, surtout quand vous prévoyez d’aller faire du vélo le long d’un panorama qui va bientôt être bétonné par les amis de la mairie d’Orléans (>fr). En même temps, une poupée de cire, sous le soleil des canicules à venir…

Attention aux chiffres

Nous allons laisser Barbie un instant pour regarder de plus prés ces chiffres plus délirants les uns que les autres.

Il y a peu, dans un document joliment présenté (>fr), la mairire annonçait 436 km d’aménagements cyclables et une part modale de 5,5 % ***. De son côté, le film de la vie aseptisée montre :

Soit 440 km et 6% de « déplacements vélos », sans définir ce qu’est un déplacement vélo).

Pour les 4 km de plus, c’est facile à faire ; en une nuit, les agents municipaux peuvent peindre de logos et flèches un trottoir, en double sens, les doigts dans le nez.

Augmenter la part des déplacements à vélo, même de 0,5 %, cela ne se fait ni en peignant des trottoirs, ni en une nuit…

Chiffres du tourisme

En même temps, comme il se dit chez les bonimarcheurs, les chiffres, c’est comme le langage des étoiles, tu peux leurs faire dire n’importe quoi.

Un exemple récent avec les chiffres du tourisme, le fameux 7 millions de touristes. Sans rire :

Sept millions de visiteurs français et étrangers ont été comptabilisés. Un chiffre important pouvant susciter des interrogations. « Notre système est fiable, assure Martine Grivot,  présidente de la  SPL Orléans Val de Loire Tourisme. Nous avons un contrat avec un opérateur mobile permettant de relever et de connaître l’origine des touristes à Orléans grâce à leurs portables. »

7 millions, soit autant que Lourdes, Madrid ou Barcelona (>fr-wp). Rien ne sera dit ici sur le flicage « par les opérateurs mobiles » des touristes.

Chiffres des marcheurs, pardon, des piétons

Le document des chiffres clés (>fr) du déplacement dans la mégalopole donne, comptage réalisé entre mars & juin, 11 000 piéton⋅ne⋅s en moyenne à la fourche Royale-Bourgogne et 10 000 place de la République.

Petit calcul simplifié : 10000 personnes par 300 jours ouvrés, cela fait 3 millions de personnes à l’année. La question légitime à se poser est « où étaient les 7 millions de touristes ? ».

Au musée, cela se serait vu ! Sur la Loire à vélo, cela n’est gaire lisible dans la synthèse de Vélo & territoire (N°55) (>fr) (attention, chiffres de 2018) !

Chiffres du festival des barquettes

Un chiffre — les drogues (diesel, alcool, poudre) sont un fléau local — est celui de la fréquentation du festival des bateaux. Loin de votre serviteur l’idée de se lancer dans des comparaisons fumeuses, seulement l’occasion de présenter une bonne adresse internet pour faire du « Mapchecking ».

Ce site (>fr) est utile pour qui veut vérifier les chiffres annoncés par les organisateurs d’une manifestation. Vous calez la carte sur le lieu dont vous désirez contrôler la capacité d’accueil, vous dessinez la zone, réglez la densité, et le tour est joué.

Bientôt 500 km

Autre chiffre délirant — c’est de la très bonne poire d’Olivet qui circulait à l’agglomération ce jour-là, elle fait effet depuis 5 ans — déjà donné ici, 440 km d’aménagements cyclables. Il est toujours bien d’avoir une représentation de la chose annoncée, si possible, et des éléments de comparaison.

Se représenter ces 440 km est difficile puisque nos ennemis de la mairie comptent tout et n’importe quoi (rien n’est jamais précisé de la part du pouvoir municipal). Le plus simple est de se fier à son ressenti quand c’est possible, mais il y a de grand risque de tomber dans un biais de confirmation. D’expérience personnelle, avec plus de 5 500 km à travers la mégalopopole depuis le début de l’année 2019, je peux affirmer que ce chiffre est fantaisiste, mais, disant cela, je ne parle que de mon expérience, ce n’est pas une preuve, juste un témoignage.

Il faut alors avoir un élément de comparaison. Pour ne pas retourner le couteau dans la plaie des grands fauves locaux, nous ne parlerons pas ici de la ville de Tours, bien moins prétentieuse en kilomètres, un poil plus ambitieuse dans son plan vélo, et, cerise sur le gâteau, où les équipements — et les vélos — se donnent à voir.

Donc, quittons la région du Centre pour Utrech, le temps d’une petite comparaison. Attention, la méthode n’est en rien scientifique, elle est uniquement là pour présenter une démarche et comprendre l’échelle du foutage de gueule.

Utrech (chiffres de la ouistitipédia) :

Pays : Pays-Bas<
Population : 352 795 hab. (2019)
Densité :3 552 hab./km²
Superficie : 9 932 ha = 99,32 km²

Au total, Utrecht revendique aujourd’hui 245 kilomètres de voies cyclables et 18 kilomètres de rues réservées aux vélos.

Orléans (chiffres de la ouistitipédia) :

Pays : France
Population municipale : 114 782 hab. (2016)
Densité : 4 177 hab./km2
Population aire urbaine : 433 337 hab. (2015)
Superficie : 27,48 km2

Orléans annonce 436 km dont 356 spécifiques (pistes, bandes…).

À « agglomérations semblables » et parce-que à Utrech il y a aussi un canal, il y a aussi des trains, des autoroutes, des musées, des églises, de la pluie, des faux-plats, du vent, du soleil, des pavés, peut-être même que l’équipe municipale n’est pas tip-top… les chiffres semblent donner bien moins de « kilomètres cyclables », et pourtant, si nous visionnons un petit film de propagande avec les Ken, Barbie et leurs ami⋅e⋅s locaux :

Comparaison n’est pas raison, certes, mais certaines images ne peuvent mentir.

La suite des aventures

Nous avions laissé Barbie vivre ses folles aventures.

Le film nous la montre sportive. Ensuite, elle respire une rose, elle va à des compétitions de sport puis au festival des bateaux diesel, puis dans 2 des 3 musées (l’autre est en travaux, par ailleurs, le film montre l’échafaudage du centre d’architecture, un endroit interdit aux vélos mais pas aux camions comme le laisse voir l’image).

Barbie retrouve Ken, lui aussi en plastique brillant, et ils vont dans la rue de la drogue. Barbie a dû forcer sur la dose, car elle tourne le dos à la cathédrale et prend un sourire d’idiote pour Putagram.

De toute façon, nous savons que Barbie c’est pas la vraie vie !

En conclusion

Est-il nécessaire de conclure ? Barbie ne voit pas les voitures de stationnées devant les écoles ou devant la gare. Elle ne souffre pas de la chaleur dans une ville sans verdure, elle ne souffre pas des bruits de la circulation, de la pollution. Barbie ne voit pas la saleté de la ville… Du point de vue vélo, elle ne s’essaye même pas à circuler en ville avec les vélos de l’agglomération.

Sans usage de produits illicites, imaginons la pensée dominante des élu⋅e⋅s en place :

les cyclistes sont des aigris de la voirie, v’la tout c’qu’j’dis. Quand j’avais 10 ans, on les sautait les trottoirs, et on disait rien.

Et puis la séance de cinéma est finie, la gourdasse de papier glacé est priée de remonter dans son avion.



Notes :
* attention, les politiques locaux ont toujours tout fait pour valoriser la gare en cul de sac du centre-ville. Il serait d’ailleurs intéressant de voir les billets de trains de ces mêmes politiques qui chouinent dès que les trains sont à l’arrêt (et par la même occasion, ceux de certains amis des rond-points).
** elle hésitait entre cosmonaute — la tête dans les étoiles — et cosmétologue — beauté des stars — (vous l’avez, le jeu de mots, laid).
*** « Pour mesurer l’importance de la pratique de la bicyclette dans un territoire, l’indicateur le plus simple et le plus utilisé est la « part modale », c’est-à-dire la part des déplacements réalisés à vélo sur l’ensemble des déplacements, y compris à pied. Un déplacement, quant à lui, est un trajet effectué par une personne avec un ou plusieurs modes, pour un motif précis (travail, études, achats…), entre un lieu d’origine et un lieu de destination différents. Un déplacement utilisant plusieurs modes est comptabilisé selon le mode le plus lourd : par exemple, un déplacement à vélo puis en train est compté dans les déplacements en train ». L’ancien président de l’agglomération disait en réunion publique que c’était moins de 5%.

2 commentaires sur “« Fat checking », plus c’est gros…

  1. Jeanne à vélo
    12/10/2019

    Bien trouvé le site de « Mapchecking ». Cela dit tu peux diviser l’espace réellement disponible par 2. J’avais abouti de mon côté à environ 25000 m² d’espace de déambulation. Et puis mis à part peut-être lors du spectacle son & lumière, et encore, la densité ne pouvait pas être de 5 personnes au m².

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    • janpeire
      12/10/2019

      J’ai tiré large pour tenter de croire aux chiffre de la com’

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Les commentaires sont fermés.

Information

Cette entrée a été publiée le 12/10/2019 par dans Films & court-métrages, tourisme, et est taguée .

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