Becancaneries

Théorème de J.B. Corot : « la ville de Copenhague est équipée de 350 km de pistes cyclables surélevées, séparées de la route et très sûres » dont plus de 550 km font les trottoirs d’Orléans et son agglomération.

7 Jehannes en territoire d’exil — Ligne B du tramway

Des nombreuses flaques présentes devant le parvis de la cathédrale, aurait pu être tiré les prévisions météorologiques du jour, utile pour ceux qui espéraient un retour rapide du soleil. Parmi les passants encore dehors, ou pour être précis, les personnes pas encore abriées de l’ondée, peu semblaient disposés à lire les oracles.
Deux silhouettes tentaient de rejoindre la station de tramway en se mouillant le moins possible. Devant elles, une voiture avait glissée et heurtée un potelet. Les petits pavés glissants par temps normal, semblaient des savonnettes les jours de pluie, de ce fait, pas une personne d’avisée ne se risquait alors dans ce quartier. Le potelet renversé était le dernier des soucis des badauds de la scène à l’abri sous les arcades. Ils demeuraient stoïques à l’image de la statue représentant la Beauce, plantée au milieu d’une jardinière, face à sa jumelle la Loire, de l’autre côté de la place.
Une fois le tramway, en direction de l’atelier de réparation, chargé de la journaliste accompagnée de son ami, la discussion repris.
« Cette ligne est la seconde construite par la mairie. Mais je ne comprends pas, tu m’avais dit qu’il n’y avait pas de piste cyclable, mais là…
— il n’y a que les personnes de la mairie pour appeler ceci une piste cyclable. Sauf ton respect, c’est un trottoir. Bien sur tu peux y circuler au mois d’août quand la ville est déserte, mais ce genre d’équipement, au quotidien est un fait-fuir-cycliste ».
L’idéal, pour l’explication aurait été de pouvoir commenter le trajet depuis le rond-point, un endroit dangereux autour duquel de nombreux accidents avaient eut lieu à cause du non aménagement, de la non prise en compte des spécificités du déplacement cycliste. En suivant le long de la rue Eugène Vignat, la journaliste aurait pu voir qu’il n’y a pas de « piste » ; la chose commence à proximité du lycée, au milieu des autos, des piétons, des arbres. Assez paradoxalement, il était plus sécurisant de rester sur la chaussée, comme un véhicule « normal ».
« Regarde, sur ce que tu nommes “piste”, il y a pas moins de trois voitures du CUCUL, le Club Unique du Curling Universel du Loiret, sur ce que la signalisation dit être obligatoire, donc réservé aux vélos. Dans un aménagement de qualité, les cyclistes iraient droits, là ils font des ronds, sans oublier que plus loin, la mairie a carrément enlever la bande pour faire du stationnement. Tu comprends maintenant que si tu désires faire un article sur les conditions de survie des cyclistes dans l’Orléans communauté urbaine, tu as du pain sur la planche.
— Mais, ici, même si c’est un trottoir seul, j’y vois une cycliste.
— Illustration par l’exemple du n’importe qui résulte de ces équipements de la confusion. Les personnes subissent la médiocrité des équipements, et malheureusement s’y adaptent.
— Il y a pourtant des rencontres pour parler de ces problèmes. Et puis, c’est bien toi qui m’a dit que le long de la première ligne rien n’avait été fait. Même mauvais, c’est mieux que rien, non ?
— Ce n’est pas tout d’exposer les problèmes, tu le sais très bien. l’inertie des services est immense. Quant aux promoteurs de la première ligne, sois sans crainte pour eux, ils ont trouvé un moyen de continuer à nuire ».
Sonia regarda un moment par les vitres du tramway le paysage de voiture, celui des piétons comme cette mère dans l’obligation d’appuyer sur les bras de sa poussette pour monter sur le trottoir. Une bourrasque de pluie la fit reculer un peu.
Ici la gendarmerie, là un parc de stationnement vide, ici l’ancien hôtel du département, rendu inutile depuis que le président Microléon avait liquidé cette partie de l’héritage de la révolution de 1789.
Elle se mit à penser à la révolution. Certains la porte en bandoulière d’un rêve qui nettoierait la merde un peu partout ; il lui semblait que ceux-ci pourraient apprendre à se nettoyer, cela serait plus efficace. Faut-il tout détruire tout pour rebâtir avec la promesse de faire mieux, ou seulement changer ce qui ne va pas. Par quel bout fallait-il prendre le problème, soi-même, la société, l’engagement politique.
« Tu es bien sérieuse quand tu réfléchis. Enfin, nous sommes à l’Argonne, on descend.
— Je te suis ».
De l’arrêt du grand Villier à l’atelier, il y a quelques cent mètres. Assez pour savourer la fin de l’averse.
Crespin les accueillit tout en s‘excusant d’avoir dans les mains un dérailleur à terminer de nettoyer. Il était seul mais expliqua brièvement comment marchait la maison séparée entre une partie atelier, l’endroit où on apprenait à monter, démonter sa bicyclette, là où se trouvaient les outils, et la seconde partie de l’association, celle consacrée à la vente de vélo en état de marche, et cela fait besoin car nous sommes un peu en crise là ».
« L’idéal, dit Crespin, ce serait que tout le monde nous achète une bicyclette pour Noël.
— je comprends bien, mais comme c’est petit chez ma cousine, je vais en acheter une seule. Mon stage terminé, je l’emporte avec moi, même si les routes sont moins agréables qu’ici. Ici, vous êtes des gens de la ville, à Saint Junien, c’est la campagne, je circulerai sur la chaussée, donc je bannis le vélo de ville. Pour me rappeler mon enfance, j’aimerai bien un demi-course cadre acier, comme dans les années 80. Les équipements à ajouter pour le rendre « utilitaire », j’en fais mon affaire plus tard.
— Vous n’êtes pas du pays de Poulidor pour rien vous.
— Il y a une cinquantaine de kilomètres, en petites routes ».
Sans s’arrêter de parler, Sonia regardait les bicyclettes mise à la vente.
« Piarron, tu as une idée du type de bicyclette qui a été retrouvée ?
— Non, mais probablement un vélo de ville, en col de cygne, pourquoi ?
— Comme ça. Ils n’en ont pas parlé dans les journaux.
— Bien sur que non ils n’en ont pas parlé, s’écria Crespin, après le tonneau de bêtises dites sur les cyclistes en général, les mouvements locaux en particulier, il n’y avait plus de place. Du « bobo » habituel, à l’extrême gauchiste, c’est tout juste si le maire ne déclarait pas que les associations détenaient monsieur Cel séquestré dans un lieu secret afin de lui faire souffrir le martyre à cause de la politique cyclable.
— Parce que Cel a fait des conneries ?
— Rien de bien bon n’a jamais été fait en matière de politique cyclable localement. Il y a une vitrine pour les investisseurs, pour la presse qui raconte ce qu’on lui dit de dire. Mais sérieusement, en tramway vous êtes venu, vous avez vu, vous y avez cru ? »
Crespin lui raconta que au début, le maire actuel, Odileon Rivoirais, était pote avec Jacques Cel, dans l’équipe du Dupuis pour la conquête de la ville. Et tout aller bien jusqu’au passage de simple communauté de ville au statut de communauté urbaine, et encore, l’OCU ça allait, mais il y a deux ans, quelque chose s’est brisé.
Dans le vélo, ils avaient toujours eu comme interlocuteur Cel, en sachant bien que c’était un politique avant d’être un cycliste. Il connaissait quand même le sujet mais en racontait de belles comme ses deux phrases fétiches « faire un trajet de deux kilomètres c’est être sportif » et « nous ne pouvons pas pousser les murs de la cité ».
Pour les deux cent ans du vélo, en 2017, Cel avait dans l’idée de faire une grande fête de la cyclabilité. Dans son projet, en plus de l’élaboration et la planification d’un réseau express de vélo, il y avait l’idée de faire venir des vedettes en ville pour participer à des courses, des critérium. Par exemple, 45N, le circuit balisé au nord de l’agglomération est issu du projet. Mais, le maire actuel avait préféré faire une fête du bois de bateaux. Tous les deux ans, la ville fait venir des bateaux par camion pour les amener à l’orée de la forêt domaniale. À cet endroit, ils les promènent sous les branches basses des arbres, comme pour rappeler aux vivants leurs morts.
Et cela plaît au chaland, faut pas croire le contraire, deux loupiottes et un peu de bruit suffisent à mettre du bleu dans une vie pas toujours rose.
« Et ils y a d’autres associations de cyclistes ?
— Prenons-les dans l’ordre donné par la Respublica »
Les premiers cités étaient les bécanarchistes, un groupe de cyclistes, homme et femmes, qui passaient beaucoup de temps à penser la révolution. Ils la voyaient comme une bicyclette avec un dérailleur intégré, 3 vitesses pas plus afin de permettre à chacun de suivre le rythme, deux systèmes de freins, un devant un derrière pour que chacun communique sur ses possibilités, d’autant plus que les révolutions n’ont pas vraiment une trajectoire bien définie.
Les seconds nommés étaient les vélibertaires, une scission des bécanarchistes, très très sectaire. L’embrouille est née un jour de défilé, les bécanarchistes avaient accepté dans le rang une ancienne maîtresse d’école qui circulait sur un vélo à assistance électrique, eux, les vélibertaires désiraient rester purs. Ils quittèrent le mouvement et créèrent une cellule.
Il y a aussi un collectif unipersonnel composé par un libéral. Le type est bien cycliste mais contre l’idée de la défense d’un intérêt commun. Il est contre les opposants au casque, contres les opposants au port obligatoire du gilet jaune, ce au nom de la responsabilité individuelle. Il est devenu opposé aux pistes cyclables parce qu’elle coûte à la collectivité.
Il y a aussi pléthore de collectif informel à l’image du clan des cargos, les amis du vélo couché, le cercle des pignons fixes, les amitiés du tandem, la société du vélo-pliant…
Heureusement dans cette jungle de diversité, il se trouvait une association pivot. Composée de personnes censées, réfléchies, force de proposition, Amours, Loire & Vélo, tenait la dragée haute aux autorités en général, à Rivoirais en particulier. Si, à ce jour, il y a une onde verte qui part de la gare de Fleury jusqu’à l’ancienne route nationale, en passant par le pont Georges V, c’est plus que tout grâce à eux et elles.
« Arrêtez-vous, dit Sonia, tremblante, je vais la mener cette enquête. Je ne suis pas certaine que le journal va suivre, le cas échéant j’écrirai un livre, mais je vous promets un « Bike Paper » à Orléans ».

(\_/)
=°·°=
« )_(«

  • ~ 1720 mots

[…] Le NaNoWriMo (Mois (inter)National de l’Écriture de Romans) est une façon amusante et stimulante de concevoir l’écriture de romans. Les participants commencent à écrire le 1er novembre. Le but est d’écrire un roman de 175 pages (50 000 mots*, soit 1666 mots/jour) avant minuit le 30 novembre.

Mettant en avant l’enthousiasme et la persévérance plutôt qu’un travail méticuleux et soigné, le NaNoWriMo est un programme d’écriture pour tous ceux qui ont un jour pensé écrire un roman mais ont été effrayés par le temps et les efforts que cela demandait. […]

Encore une fois, l’engagement est pris « pour soi-même », il n’y pas d’obligation de publier, d’exposer, slammer, chanter, rapper son NaNo.


*mon objectif est 30 000 mots, soit 1 000 mots/jour.

Un commentaire sur “7 Jehannes en territoire d’exil — Ligne B du tramway

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Cette entrée a été publiée le 10/11/2017 par dans Non classé.

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